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Cinema-affiche

titreChe


S'il est un homme qui aura inspiré les artistes autant que les commerciaux, c'est bien Ernesto Guevara. Tour a tour analysé, posterisé, et finalement filmé. Le personnage est devenu un mythe, perdant au passage une bonne part de sa saveur. Walter Salles s'était essayé à faire revivre sous l'oeil de la caméra l'esprit qui a enflammé les mouvement contestataires des années soixante. Avec succès, il a réalisé un portrait fidèle du Che, sans verser dans le documentaire flatteur pour Guevariste convaincu.

Se détacher de la légende n'est pourtant pas chose aisé. Le révolutionnaire au  béret et à la barbe mal taillée hante la production de Steven Soderberg. Pendant deux heures, 'l'Argentin' est ce beau combattant au regard fixé sur le ciel, comme la promesse d'un avenir meilleur. Par intermède, la caméra nous emmène dans l'esprit du véritable guérillero. Celui qui doit gérer la trahison de ses troupes, qui n'hésite pas à punir, à fusiller. Violent contraste avec l'humaniste qu'on a vu soignant des villageois n'ayant encore jamais consulté un médecin. Cruelle façon de rappeler qu'Ernesto Guevara était un chef militaire, aussi nobles que furent ses convictions.

Steven Soderberg réussit le pari de rendre le mythe du Che accessible. Peut-être au détriment de la finesse d'analyse. Reste le mérite de conter efficacement, de filmer avec talent et d'interpréter avec brio, un personnage que le mythe a tué plus encore que les balles de la CIA. En ces temps de crise et de doute, la force qui émanait d'Ernesto Guevara ressort un peu plus fort encore. Au point de faire (re)naître le souhait d'un monde meilleur. Homme révolté, médecin indigné et combattant de conviction, c'est probablement ainsi qu'Ernesto Guevara aurait souhaité marquer les esprits. Et le duo Steven Soderberg/Benicio del Toro n'y réussi finalement pas si mal...

CAMILLE GORET

Che, 1ère partie, L'Argentin de Steven Sodergbergh

Avec Benicio del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera

2h07

titreInsoutenable violence

 

A quelques kilomètres des plages de Copacabana qui incitent à la farniente, un autre univers fait de violence, drogues et pauvreté. Bienvenu dans les favelas de Rio de Janeiro. Tropa de Elite est l’histoire d’une guerre, celle entre les trafiquants de drogue des favelas et le groupe d’intervention d’élite de la police militaire carioca, le BOPE. Une tête de mort transpercée par un glaive sur fond de deux pistolets qui s’entrecroisent, c’est le symbole du BOPE. Ses hommes habillés de noir sont les seuls à même d’affronter les dealers sur leur territoire. Face à leur violence, ils ne font pas dans le détail : tortures et exécutions sont des outils de travail à l’instar de leur fusil d’assaut.

Neto et André, amis d’enfance, sont deux jeunes recrues de la police. La corruption et la désorganisation apportent leur lot de désillusions. Ils voient dans le BOPE une manière de combattre efficacement le crime et décident de le rejoindre ensemble. Le capitaine Nascimento, fatigué et proche du burn-out psychologique après quelques années passées dans le corps d’élite, voit eu eux un possible futur successeur. Sa femme attend un enfant et il voudrait pouvoir le voir grandir, « ne pas mourir pour rien ».


L’originalité du film est qu’il ne prend parti pour aucun des protagonistes. Il renvoie dos à dos les trafiquants et la police militaire, coupables tous les deux d’extrême violence. Il montre la situation difficile des habitants des favelas innocents pris entre deux feux. Braqués quotidiennement par les uns comme par les autres. Un univers de tension permanente insoutenable pour n’importe quel occidental. Le film met aussi le doigt où cela fait mal et montre l’implication de la jeunesse dorée brésilienne qui, en se fournissant en drogue, permet la pérennité du trafic et des organisations criminelles comme le « Commando Rouge ».


Des jeunes qui croient en une certaine conscience sociale de la part d’assassins, alors qu’il s’agit d’une simple appropriation des fonctions régaliennes de l’Etat.
Si Amnesty International considère l’existence du BOPE comme un échec de la politique de la sécurité publique, le réalisateur José Padilha semble montrer l’échec de toute une société, qui a sombré dans une violence inouïe, absurde et insupportable. Un drame de l’humanité plutôt que de la politique.


CHRISTOPHE DEVRIENDT


Tropa de Elite
Réalisé par Jose de Padilha
Avec Wagner Moura, Caio Junqueira, André Ramiro
118 min.
Seulement projeté à l’Actor’s Studio (Bruxelles) et au Carollywood (Charleroi)

titreRéalité désenchantée

 


Mensonges d’Etat, le nouveau Ridley Scott au casting détonnant, n’a pas fait frémir le box-office américain. Et si ce n’était qu’un gage de qualité ? Enfin chez nous, ce thriller géopolitique s’inspire du livre Une vie de mensonges de David Ignatius, journaliste au Washington Post, chargé de la couverture des activités de la CIA et de la crise du Proche-Orient pour le 'Wall Street Journal'. Adapté par William Monahan, scénariste des Infiltrés dont Leonardo Di Caprio était déjà la vedette, il marque le retour en force du réalisateur britannique.

Dans la peau de l’espion américain Roger Ferris, Di Caprio, métamorphosé depuis Titanic, offre à son personnage un visage humain plus vrai que nature. Homme de terrain, il traque les cellules islamistes sans répit. Bien qu’il ne manque ni de sang froid, ni de patriotisme, il arrive à ses fins par la connaissance et le respect des cultures locales. Pour venir à bout d’une puissante cellule terroriste, il se voit contraint de collaborer avec le chef des renseignements jordaniens, joué par le charismatique Mark Strong, qui n’exige qu’une condition : jouer cartes sur table.

Une tâche compliquée pour le jeune Ferris, qui a pour supérieur Ed Hoffman, interprété par Russel Crowe, encore fidèle à Ridley Scott, un homme à ses antipodes.  Agissant des États-Unis, où il mène une vie paisible, il donne ses ordres sans scrupules ni mauvaise conscience. L’incarnation parfaite, quelques brins d’ironie en plus, du carriériste hyperactif assoiffé de pouvoir qui à force de vouloir tout contrôler passe à côté de l’essentiel… Dans ce système trop complexe, n’ayant pas toutes les cartes en mains, le jeune espion peine à réussir sa mission. Et lorsqu’il tombe sur le charme d’une jeune infirmière cela se complique.

Très bien décrit, le milieu de renseignements est montré sans naïveté : un monde où la fin justifie les moyens, faisant de ses hommes des pions solitaires. Et quand il quitte cette solitude, le protagoniste se fragilise face à ses ennemis... La mise en scène efficace de Ridley Scott reste fidèle à ses habitudes, plutôt sobre comparée aux films d’action classiques. Sans caméra à l’épaule, ni d’utilisation abusive de filtres colorés ou de musique incessante et bruyamment symphonique, elle n'en reste pas moins très vivante. Aux phases d’actions dynamiques succèdent élégamment des scènes plus calmes qui s'arrêtent sur la psychologie et le ressenti des personnages. Le spectateur est tenu en haleine bien que le film dure plus de 2h. Subtilement critique sans être engagé, il révèle une facette de la réalité qu’on préfère souvent taire.  Il nous plonge dans les failles de l’espionnage américain qui fait primer souvent à tort le « tout technologique » à l’aspect humain, souvent plus fiable et efficace. Plus encore, il sort des clichés habituels de super-héros invincibles, souvent mieux récompensés au box-office, au profit d’un scénario truffé de qualités.     


BIANCA FIORA


Mensonges d’Etat, sortie le 19 novembre 2008 en Belgique
Réalisé par Ridley Scott
Avec Leonardo Di Caprio, Russel Crowe et Mark Strong
Durée: 2h08

titreRencontre avec Jacques Doillon

Dans le cadre de la sortie de son dernier film Le premier venu, nous avons rencontré le réalisateur français Jacques Doillon. Leçon de vie et de cinéma avec un homme intègre, fidèle à ses convictions et loin des concessions.

Partie I : le film


Culture et dépendances : Comment trouvez vous de l’accueil du public ?

Jacques Doillon : Je ne peux pas répondre à cette question là. Comme j’ai présenté le film et que ce n’était pas un débat  je n’ai aucune idée, je ne sais rien. Si, quelqu’un m’a envoyé un texto en me disant que c’était bien. Mais c’était une amie donc c’est difficile, encore que certains de mes amis ne sont pas toujours complaisants.

C&D : Et en France ?

J. D. : Il est sorti en France en avril, je l’ai un peu présenté. Depuis un mois et demi je fais une tournée de rétrospectives et de promotion. J'ai pu le présenter un peu au Canada, je vais le présenter en Autriche le week-end prochain. On est plutôt bien accueilli, les gens sont charmants. Ca fait partie du boulot, ce n'’est pas quelque chose que j’aime particulièrement faire mais je le fais un peu moins mal que je ne l’ai fait pendant longtemps. Pendant longtemps j’avais dans l’idée qu'en dehors de la timidité, je radotais un tout petit peu. Et il y avait le fait que je voyais pas si j’avais des choses à dire ou à ne pas dire. Je n’ai pas à ajouter c’est dans le film . Idéalement il faudrait se taire. Sachant qu’on ne s’est pas tu en faisant un film. On a fait un film, il y a deux heures d’images, de son, de rapport entre des gens. Moi mon travail il est là. Tout ce que je peux dire après ne me paraît pas avoir grand sens. Y’a pas si longtemps ça n’avait aucun sens. Maintenant j’essaye de me forcer et dire qu'il faut essayer de donner un tout petit peu de sens à ce machin là sinon....

C&D : Dans le film, l’héroïne remet Costa sur le chemin de l’amour.

J. D. : Entre eux, ça ne fonctionne pas mais le film ne se situe pas du côté de l’échec des gens qui n’appartiennent pas au même milieu. La fille, outrageusement généreuse, se dit que la vie de ce type est avec son enfant, avec sa femme, avec son père et donc le meilleur service d’amour qu’on peut lui rendre est de le remettre là où il n’aurait jamais dû cesser d’être et là où il sera le plus heureux. C’est avec les siens qu’il doit être et qu’il doit essayer d’apprendre à cesser de se méfier et d’aimer un peu davantage les autres. Ce qui m’intéresse c’est de trouver des rapports un peu vrais, intéressants. S'i il y a un peu d’émotion qui se dégage du film et un peu de poésie je dirai tant mieux. J’essaye de comprendre ce que les deux trois personnages pensent, si je ne me trompe pas, si je ne raconte pas des histoires jusqu’au moment où ils peuvent si ce n’est fusionner au moins se rencontrer vraiment. La tentative de rencontre m’intéresse alors que dans beaucoup de vies parfois on a parfois le sentiment qu’on cherche plutôt à s’éviter.

C&D : L’alchimie entre les comédiens se fait au fil du tournage ?

J. D. : Elle est reniflée si j’ose dire. Vous avez écrit trois quatre personnages, il ne faut pas se tromper sur le choix et après sur les comédiens, ils doivent correspondre aux personnages et être dans ce mouvement là. Ensuite il faut travailler. Je passe pour celui qui fait plutôt vingt prises qu’une seule, c’est un énorme travail, on travaille la scène trois heures et ces trois heures font que ça paye. On ne devient pas doué d’un coup. Si vous dites je prends ces comédiens et si on expédie la scène en 15 minutes on n'aboutira à rien. Il faut la travailler longuement, durement, gentiment pour y parvenir. Entre la première et la vingtième prise ce n’est pas la même chose. Je ne monte jamais les premières parce qu’elles ne valent pas un clou.

C&D : Vous écrivez les dialogues de vos films aussi ?

J. D. : C’est une des choses qui m’amuse le plus. Si on veut se retrouver à diriger quelque chose qui a du sens sur le tournage, à moins d’avoir une très grande confiance dans un scénariste, dans un romancier ou un dialoguiste. Moi je raconte mes salades et j’ai besoin de les diriger et de les écrire. Sinon je serai un exécutant de la mise en scène en faisant les couleurs mais en ne dessinant pas les personnages. Ce qui m’amuse c’est l’ensemble.

C&D : Le film rappelle ‘Série noire’ de Corneau et Costa le personnage joué par Patrick Dewaere.

J. D. : Si on pense à ces deux là on voit bien que dans leurs meilleurs films tout est joué. Ce n’est pas des gens qui retiennent, qui jouent avec un infini savoir-faire et qui se contentent de leur savoir-faire. Ils ont des blessures en eux et c’est particulièrement visible chez eux. On voit bien qu’ils vont de l’avant avec ça. Ca donne quelque chose qui est infiniment plus intéressant, plus passionnant que les acteurs de convention qui ne se mouillent pas beaucoup et sont  plus techniques. Je ne dis pas que Dewaere ou Gérald Thomassin ne sont pas capables de technique mais il y a un voisinage évident.

C&D : Pourquoi travailler avec des enfants, des comédiens peu connus ou des amateurs ?

J. D. : Il faut faire avec ce que vous écrivez. Si vous pensez que le rôle pour Isabelle Huppert il faut la chercher. Si vous avez le sentiment que ce n’est pas un comédien visible et que vous avez à le trouver vous cherchez cette personne. Quand aux enfants il n'y a pas de choix parce qu'il n'y a pas d’école ni de tradition pour faire travailler des enfants. Moi je trouve plus simple et excitant de prendre des gens qui n’ont jamais tourné. Pour Ponette, l’enfant avait 4 ans donc je ne risquais pas tomber sur des professionnels. Il s’agit de chercher la bonne personne et de pas se tromper. Je n’ai pas de théorie sur cette question là. Pour ‘Le premier venu’, la fille n’est pas comédienne. Elle n’a jamais joué mais il me semble que c’est elle qui paraît le plus près du rôle.C’est elle, je me fous qu’elle soit comédienne ou pas. Je veux juste savoir si elle est capable de jouer.
Ce n’est pas simple car quand vous tournez ‘Le premier venu’ avec trois acteurs qui sont quasiment inconnus, Gerald Thomassin est un peu connu, que votre scénario n’est pas un divertissement pour la télé et que vous affirmez vouloir tourner avec trois acteurs qu’ils ne connaissent pas ça complique votre vie. Mais ça facilite la vie du tournage. Si je faisais des concessions le film aurait moins d’intérêt. C’est compliqué de réussir un film donc si dès le départ on se dit qu'on va retirer des choses auxquelles on tient et je qu'on mets des gens auxquels on tient moins. C’est pas une position héroïque je n’ai pas le choix.

C&D : L’aspect virginal facilite la quête de vérité ?

J. D. : Non parce que j’ai tourné avec Isabelle Huppert ou Piccoli. J’ai tourné avec pas mal d’acteurs dont ce n’était pas le premier film. Si j’ai le sentiment que c’est la bonne personne je vais la prendre. Il se trouve que des essais que j’avais fait il y avait trois quatre filles douées mais elles me semblaient très loin du rôle et je ne pense pas que les comédiens puissent tout faire. Si c’est un peu à l’envers de sa personnalité, de son caractère il va le mimer ou le singer.

Propos recueillis par GABRIEL HAHN


titreEntre les murs, efficace et minimaliste


Palme d'or du Festival de Cannes décernée – à juste titre? – par Sean Penn, Entre les murs  relate la vie d'une classe de quatrième et de son professeur de français dans un collège du XXe arrondissement de Paris, un quartier étiqueté "populaire". Laurent Cantet, le réalisateur, voulait depuis longtemps faire un film sur l'école. Le livre éponyme de François Bégaudeau, interprète principal du film, lui a permis de trouver le scénario adéquat.

Un style documentaire

Avec une approche documentaire – caméra DV, acteurs non-professionnels et regard objectif – il filme la vie de cette classe qualifiée difficile. La conjugaison de l'imparfait, la lecture du Journal d'Anne Franck, l'écriture d'un autoportrait, la définition de l'insolence, le football ou encore l'idée de la honte sont prétexte à un dialogue entre le professeur et ses élèves. Un dialogue houleux, drôle et émouvant à la fois. François Bégaudeau avec ses bons mots, son répondant, sa présence dans la classe incarne à merveille ce jeune professeur. Face à lui, les élèves ne surjouent pas. Leur ton est juste et bien senti. Ces dialogues sont soutenus par la caméra rapprochée. Celle-ci capte leurs émotions aux plus près mais n'est en aucun cas  démonstrative. Elle s'imprègne de ce qu'il se trame sans a priori.

Nous sont également montrés les temps de la récréation, de la salle des profs, du conseil de classe ou de discipline. Mais ce qui frappe tout au long du film c'est l'impression d'enfermement. Le titre du film prend tout son sens à travers ces barreaux horizontaux rivés aux fenêtres ou cette cours de récréation encastrée entre deux bâtiments et filmée de haut. D'ici à faire le rapprochement, école= prison, il n'y a qu'un pas.


Objet cinématographique

Bien qu'il soit une chambre d'écho aux questions, aux malaises des enseignants, ce film reste avant tout une fiction ni démagogue, ni nostalgique. Laurent Cantet insiste d'ailleurs sur ce fait et ne souhaite pas entrer dans un débat plus large sur l'école. "Ce n'est pas un film sur l'école mais sur cette classe face à ce professeur". Entre les murs est certes efficace mais ne fallait-il pas quelque chose de plus pour en faire une vraie œuvre percutante?


ANNE LE TIEC



Entre les murs – sortie le 1er octobre 2008 en Belgique
De Laurent Cantet
Avec François Bégaudeau
Durée: 2h10

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