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Personne n’est parfait, sauf Wilder
Le 2 juillet 1959, le prince Albert de Belgique épouse Paola di Ruffo di Calabria. Le 2 janvier, Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba. Le 22 avril, Miles Davis enregistre Kind of Blue, un des meilleurs disques de l’histoire du jazz. Le 7 octobre, la sonde soviétique Luna-3 prend les premières photos de la face cachée de la Lune. Mais s’il y a un jour de 1959 qu’on n’est pas prêt d’oublier, cela pourrait bien être le 9 septembre.

Ce jour là sort sur les écrans Some like it hot (Certains l’aiment chaud) de Billy Wilder. Sa femme Audrey dira que « L'avant-première fut un désastre. Cela se passait dans un petit cinéma et personne n'a ri, sauf quelques amis. [...] En fait le public ne savait pas trop comment réagir, s'il pouvait rire ou pas ». Mais rien ne sert de courir, il faut savoir partir à point. Et la postérité retiendra ce véritable chef-d’œuvre du cinéma.
Son auteur est né à Sucha, Autriche-Hongrie, où il effectue des études de droit, puis s’essaye au journalisme. C’est là qu’il prend conscience et apprivoise son amour de la plume. Il devient scénariste pour la UFA mais contraint à l’exil par le régime nazi, il fait étape en France où il s’essaye à la mise en scène avec Mauvaise graine. Puis il s’expatrie aux Etats-Unis où il rencontre Charles Brackett. Avec lui, il formera un duo de dialoguiste scénariste à l’origine du succès de plusieurs comédies : La Huitième femme de Barbe-Bleue et NinotchkaBoule de feu sous la houlette d’Howard Hawks.
En 1955, il tourne une première fois avec Marilyn Monroe pour Sept ans de réflexion. Leur chemin se recroise quatre années plus tard avec Certains l’aiment chaud. Pour le plus grand plaisir de générations de cinéphiles, et le plus grand stress de Jack Lemmon. Car le tournage n’est pas une sinécure, la divine blonde n’arrive pas à intégrer les dialogues. Sa mémoire flanche et les prises se multiplient, certaines scènes sont refaites 59 fois. De quoi donner des angoisses au réalisateur et des cauchemars aux acteurs. Les rêves de Jack Lemmon en sont un loufoque témoignage: « Je me réveille en nage au beau milieu de la nuit, après avoir rêvé qu'on en est à la cinquante-cinquième prise, que Marilyn vient enfin de passer sa réplique et que j'ai bafouillé ».
Un tournage pour le moins délicat, l’accueil mitigé du public à l’avant première. D’où vient alors ce succès quasi inégalé ? Dans le scénario habile de Billy Wilder et I.A.L. Diamond. Chicago en 1929, Joe et Jerry, deux musiciens de jazz, touchés par leurs déboires sentimentaux mais surtout économiques, sont témoins d’un règlement de compte de la pègre. Pour échapper aux représailles qui leurs tendent les bras, ils choisissent de se travestir et intégrent un orchestre féminin en partance pour la Floride. Terre de milliardaires à la recherche de l’amour, douces vapeurs du rêve américain, entre Yachts, chaises longues et rivières de diamants. Comble de leurs soucis, Joe et Jerry devenus Joséphine et Daphné tombent tous deux amoureux de Sugar, Marilyn Monroe, chanteuse attractive autant qu’attachante. Leurs tribulations les conduisent l’un dans les bras de Sugar, grimé en milliardaire impuissant héritier de Shell, l’autre dans les pattes oppressantes d’Osgood Fielding III, vrai milliardaire lui, à la recherche d’un énième mariage.
La réalisation est parfaite, les acteurs composent chacun un ou plusieurs personnages avec une justesse sur lequel le temps n’a pas de prise. Le scénario habile, ne laisse pas souffler une seconde et les zygomatiques sont revigorés. La puissance de ce film va croissante jusqu’à cette dernière soirée, apogée en un théâtre de toutes les loufoqueries. Un tango endiablé entre Osgood et Daphné qui s’achève par une des scènes les plus mémorables du cinéma. Lorsque Daphné lève le voile sur sa masculinité, le milliardaire enamouré réplique que « nobody’s perfect ». Personne n’est parfait. Sauf Billy Wilder.
GABRIEL HAHN Certains l’aiment chaud, 1959
Réalisateur : Billy Wilder
Acteurs :
Sugar Marilyn Monroe
Joe / Joséphine Tony Curtis
Jerry / Daphné Jack Lemmon
Colombo les huêtres George Raft
Mulligan Pat O’Brien
Osgood Fielding III Joe E. Brown
Bonaparte Nehemiah Persoff
Sue Joan Shawlee
Poliakoff Billy Gray
Bienstock Dave Barry
Production:
Producteur Billy Wilder
Producteur associé Doane Harrison
I.A.L. Diamond
Scénario :
Scénariste I.A.L. Diamond
Billy Wilder
Technique :
Directeur de la photographie Charles Lang
Compositeur Adolphe Deutsch
Monteur Arthur P. Schmidt
Edward G. Boyle
Source : Allociné
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