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La question humaine, quelle torture…
Flagey des grands soirs pour l’avant-première de La question humaine. Librement adapté du livre de François Emmanuel par Nicolas Klotz, le film retrace les pérégrinations mentales d’un psychologue d’entreprise de petro chimie. Il se penche sur les systèmes de recrutement et de training au sein des grandes entreprises, fleurons du capitalisme contemporain. Le sujet paraît présenter bien des attraits, la réalité se révèle plus surprenante. Qu’est-ce qu’être soumis à la question ?
Le film démarre par un lent travelling. Face à un mur, des numéros peints, érodés par le temps, défilent. Le premier réflexe est d’associer ces numéros à l’humain, vu le sujet. Voilà Mathieu Almaric, interprète de Simon, psychologue d’une grande entreprise. Le récit est très lent, les pièces du puzzle se mettent en place doucement, de façon très posée. On sent la salle retenir son souffle. Attendant un quelconque rebondissement, un élément qui pourrait faire décoller l’histoire. Car dans la première partie, celle-ci est des plus banales. Simon, missionné par le vice-président de la société, doit enquêter sur le président. Déterminer pourquoi ces agissements sont troublants et s’ils mettent en péril l’entreprise. Prise de contact avec l’homme visé, visiblement miné, traqué.

Il avoue à Simon le passé trouble du vice-président qui déambule dans les couloirs d’une nébuleuse d’extrême droite en rapport avec le nazisme. Il lui apprend qu’il faisait partie des lebensborn. Un enfant aryen sélectionné et adopté par une famille allemande. Il confesse enfin le passé de ss de son propre père. Tout cela pourrait être palpitant mais le rythme du film réduit à néant toute tentative d’accrocher. La « voix filmée » de Mathieu Almaric commente cliniquement l’action, ses faits et gestes, ses sentiments… Après une heure et demie, le film bascule dans une espèce de dimension inaccessible. Il s’enferme dans un univers intouchable, sans doute réservé à quelques penseurs nés.
L’envie de se lever se fait pressante. Mais la curiosité d’entendre comment le réalisateur et l’acteur vont défendre cet ofni prend le pas. Ca et là, quelques spectateurs n’ont pas cette patience et s’échappent vers un coin plus radieux.
Le puzzle devient patchwork
Applaudissements consensuels. Une dame du public dit à son amie qu’elle trouve le film « dérangeant, tout est fait pour mettre mal à l’aise ». Le débat peut commencer. Nicolas Klotz évoque son « désir de représenter quelque chose de contemporain. Le présent est travaillé par un passé qui revient toujours ». Ajoute que pour lui « une des belles choses au cinéma est de pouvoir filmer les voix ». Il fait ensuite référence à Godard. Faut-il conclure qu’il n’y a rien à comprendre ? En tout cas le film de la soirée s’emballe, son apogée pointe le nez. Alors que le réalisateur navigue toujours dans les eaux troubles d’un éventuel éclairage, un homme se lève et l’interrompt : « Monsieur votre débat est aussi ennuyeux que votre film. Ce n’est d’ailleurs pas du cinéma. Je vous souhaite le bonsoir ». La salle frémit et semble choquée par ce courageux qu’on aurait aimé être.
François Emmanuel aime le film, mais abonde pourtant dans son sens. « Ce qui nous est dit là peut sembler un peu inaudible ou scandaleux. Le film utilise une trame narrative d’un côté et regarde de l’autre. J’ai été profondément rassuré, il respecte le propos du livre et propose à cette terrible ligne narrative un contre-champ très beau ». Certaines idées soulevées dans le film paraissent intéressantes, quoique flirtant avec la ligne blanche. Le réalisateur, comme dans le livre, fait une analogie entre la sélection d’enfants faite par les nazis et les méthodes de training et de recrutement des cadres dans les grandes sociétés capitalistes. L'élimination des juifs et la traque aux mauvais éléments d'une entreprise. Mais une idée ne suffit pas à faire un film, à le rendre accessible ou entraînant. Le rythme et cette voix lui donne un aspect aussi austère que soporifique. Mathieu Almaric parle « de pensées dites après coup »… Il évoque la vie nocturne débridée de Simon comme « peut-être sa partie ensoleillée ». Tout ceci parait bien décousu et finalement on ne trouve pas dans le « débat » la sortie du labyrinthe.
La question humaine donne cette sensation de s’être fait mené en bateau. Avoir pris son billet vers une destination qu’on n’atteindra jamais. Le film était ennuyeux effectivement, insensé également. On l’aurait aimé plus accessible. La soirée, elle, fut riche d’enseignements. Lors du « débat », le quidam qui n’aime pas ou n’est pas d’accord est conspué. Le nombre se désolidarise du politiquement incorrect. Alors que les applaudissements, c’est bien cet homme qui les méritait.
GABRIEL HAHN
La question humaine de Nicolas Klotz
Avec Mathieu Almaric, Michael Lonsdale, Laetitia Spigarelli, Jean-Pierre Kalfon, Valérie Dréville, Edith Scob, Lou Castel, Delphine Chuillot
Scénario: Elisabeth Perceval
D'après l'oeuvre de François Emmanuel
Musique originale de Syd Matters
Sortie le 5 décembre
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