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Expositions-musees

titreDessine moi un monde


En ce début d’automne, l’exposition internationale « Dessins pour la Paix » s’invite au Mundaneum de Mons. Crée en 2006, elle parcourt le monde depuis lors. Sous l’égide des Nations Unies, le célèbre caricaturiste français Jean Plantu, figure emblématique du quotidien Le Monde, se lance dans ce projet ambitieux qui nous fait découvrir quelques bijoux des plus célèbres éditorialistes graphiques de la planète. Elle traite avec humour de thèmes aussi graves que la guerre, le droit des femmes ou la liberté de la presse afin de « désapprendre l'intolérance » et réduire le fossé culturel.

La porte du Mundaneum à peine franchie, nous voilà face à Plantu. Une projection le révèle pinceau en main, dévoilant ses nombreuses techniques, montrant que derrière l’universalité des caricatures se cache un réel travail artistique. Les images défilent sur une toile suspendue, tout comme les reproductions grand format de quelques caricatures phares. Plusieurs représentent des colombes, qui virevoltent dans le hall d’entrée autour d’une mappemonde. Cette dernière pourrait être une pièce du puzzle s’intégrant à merveille au caractère international de l’exposition. Il n’en est rien puisqu’elle fait partie du Mundaneum et symbolise l’époque où celui-ci était un centre de documentation ressemblant les connaissances du monde tel un outil de connaissance pour la Paix. Preuve s’il en est que le lieu et le projet étaient prédestinés à se rencontrer !

Au rez-de-chaussée commence donc cette immersion dans l’univers de 33 caricaturistes et 120 de leurs œuvres. Avant même de s’y attarder, penchons nous sur la scénographie qui capte le regard. Fruit du travail de Manuela Valentino, elle apporte à l’exposition une touche unique. Dans ce lieu, les caricatures, articulées autour de thématiques centrales, sont elles aussi suspendues à des fils et habitent l’espace avec une légèreté qui les anime et leur donne un relief réjouissant. Cette première partie met l’accent sur les évènements, les conflits qui ont marqué le cours de l’histoire depuis le 11 septembre.

Quelques marches plus hautes, nous voilà au premier étage. Au cœur de la seconde partie du voyage.  Plusieurs sujets y sont abordés : réchauffement climatique, droit des femmes,  différences Nord-Sud, intolérance ou la tolérance religieuse et enfin liberté de la presse. En plus d’une deuxième projection sur le travail de Plantu, on retrouve des extraits de sa rencontre avec Yasser Arafat et Shimon Peres. Il leur avait demandé de parapher un de ses dessins pour la Paix entre la Palestine et Israël...une rencontre qui sonne comme les premiers pas de ce projet.

« Dessins pour la paix » se veut ainsi un outil de rapprochement entre peuples, cultures ou religions différentes.  Une façon profonde et originale d’œuvrer pour la paix, une paix dépourvue de limite. Une belle manière pour les caricatures, loin des stéréotypes et des polémiques, de (re)trouver leurs lettres de noblesses… Et pour ceux qui trouveront que « Dessins pour la paix », bien que propice à nourrir de longues réflexions, se croque trop rapidement, notons que dès le 7 novembre l’exposition « L’affiche palestinienne » investira le deuxième étage de Mundaneum qui présentera également une trentaine de caricatures sur le conflit palestinien.


BIANCA FIORA

 

Dessins pour la Paix au Mundaneum du 18/09 au 21/12
Rue de Nimy, 76 Mons
Infos : +32(0)65 31 53 43
www.mundaneum.be

 Photo © Kroll

titreInterview de Stephanie Manfroid, commissaire de l’exposition “Images de femmes”


Culture&Dépendances : Comment définiriez-vous cette exposition un peu particulière ?

Stéphanie Manfroid : Le but est de montrer l’image de la femme sur papier glacé et le droit qui la concerne, qui peut aussi être couché sur papier. C’est une rencontre entre l’image de la femme idéalisée et son sort réel, à travers le 19e siècle. Le travail des femmes, le féminisme avec l’action de Henri La Fontaine notamment (NDLR : un des initiateurs du projet Mundaneum) sont évoqués. L’originalité de l’exposition est de pointer le fait que cette image de la femme de papier glacé, tout en esthétisme, a plus servi la cause féministe que le sexisme.

C&D : Il n’est pas contradictoire de présenter l’histoire du féminisme  par l’action d’un homme ?

S.M. : Ca parait étonnant mais pas contradictoire. Dans la société belge de l’époque, il fallait passer par des intermédiaires, les hommes en l’occurrence, pour réaliser l’évolution nécessaire. Dans l’exposition, il y a deux ouvrages de Louis Frank qui était plus féministe que certaines femmes féministes. Malheureusement, c’est le fonctionnement de la société qui faisait que seuls les hommes pouvaient introduire la question sur la place publique. Parce qu'en fait, si Henri La Fontaine était membre de la Ligue Belge du Droit des Femmes et membre du conseil d’administration de l’institut Bischoffsheim pour jeunes filles, son action était très légère par rapport à l’activisme idéologique actuel. Mais pour l’époque, c’était très fort! Une société d’hommes, pour la changer il faut passer par les hommes.

C&D : Il y a aussi des vêtements qui sont exposés. A côté de modèles anciens, on trouve des créations contemporaines. Quel est le sens de cette juxtaposition ?

S.M. : On a fait un appel à la Haute Ecole Francisco Ferrer pour ces créations. D’abord, parce que cette école a succédé à l’institut Bischoffsheim. Il s’agit de donner une idée de la formation professionnelle aujourd’hui, ce qu’elle est devenue en matière de stylisme. Ensuite, il y a un dialogue qui s’opère entre l’image de la femme et son progrès dans le droit. Les premiers modèles présents dans l’exposition sont des pantalons et des chemises suspendus. Ce sont des attributs typiquement masculins, absents des modèles de stylisme au 19e siècle. Et c’est justement en ayant la liberté, aujourd’hui, de s’habiller de la sorte, que la femme s’est libérée. Les vêtements peuvent être porteurs de liberté ou être des chaînes, tel le corset. Le corps de la femme, lui-même, est aussi une image de sa liberté…ou de son aliénation.


Propos recueillis par CHRISTOPHE DEVRIENDT

titreBallade par Mons et par vaux


Le Mundaneum met la dame à l’honneur cet été avec l’exposition Images de femmes. Plongée et retour sur un univers pas si éloigné, début 20e s, et pourtant déjà un autre monde. Née de la volonté de rendre hommage à Henri La Fontaine, pionnier masculin du féminisme, à l’occasion des 100 ans de son Prix Nobel de la Paix (1913), l’exposition propose une lecture de l’existence féminine à travers les codes vestimentaires et le mode de vie l’accompagnant.

Entrée dans ce lieu au charme qui défie les années. Le Mundaneum se présente comme un grand livre que l’on parcoure chapitre après chapitre. Deux parties pour dresser le tableau : en bas du bâtiment, pan historique sur les conditions féminines en 1900, l'étage se penche sur la mode à proprement parler.

Les premiers pas donnent le la. L'esprit début de siècle émane de l'espace "Au bon marché". On y découvre des affiches d'époque appartenant au Mundaneum. Un espace consacré à Henri La Fontaine complète l’approche. Précurseur et créateur de l’école Bichoffsheim, premier établissement pour femmes mêlant apprentissage général et professionnel. L’homme a œuvré sa vie durant pour les droits de la femme. Photos tannées par l’empreinte du temps. De l’autre côté de l’allée centrale, le travail de  la Commissaire de l’exposition, Stéphanie Manfroid, présente les conditions de vie, pas forcément ivre de poésie, de la femme en ce temps. On la voit au charbonnage, existence parsemée de pénibilité.

Engouffrons nous dans les escaliers qui font le lien entre les deux parties de l’exposition. De cocasses affiches du Saturday Evening Post croquent la ménagère dans son univers. Le cliché a valeur de norme. La femme repasse, astique, balaye, cuisine… Quelques pas plus loin, premiers signes ostentatoires de coquetterie. L’étage est segmenté en sept espaces consacrés à la mode: le sport, l'hiver, l'été, le soir, la ville, la lingerie et les accessoires. La scénographie d'Isabelle Chevalier est à l'image de la mode à l’époque, légère, élégante et fluide. Un manteau noir dentelle et perles de 1930 côtoie une robe de soirée Sophie Sallets de 2006. Contraste des époques, mise en abîme de l’habit. Chaque segment propose son lot d'affiches, d'articles, de cartes postales. L’une d’elle, des années 1910, arbore une écriture surannée mais délicieusement élégante. Un homme écrit à son « Lou chérie », résidente du 46, rue Américaine à Ixelles. Sur les traces de l’Histoire, un air d'Apollinaire.

Des créations de stylistes de la Haute Ecole Francisco Ferrer jalonnent le parcours du visiteur. Une boutique a même investi l'entrée de l'exposition. Découvrir les talents d'aujourd'hui et de demain, forcément inspirés par une époque pleine de virtuosité. Le Mundaneum nous offre un voyage dans le temps. A travers la mode on en découvre un peu plus sur la société. Dis moi quelle robe tu mets, je te dirai qui tu es. Magnifiquement servie par le travail exceptionnel de la Commissaire et une mise en scène habile, Images de femmes vaut un détour par Mons. Une merveille. A partir du 12 septembre, "Dessins pour la paix" prendra le relais. Initiative du dessinateur de presse Plantu, l’exposition mettra l’accent sur la Palestine à travers les dessins et les caricatures de journalistes du monde entier. En attendant, cherchez la femme.

GABRIEL HAHN


Images de femmes au Mundaneum du 13/06 au 31/08

Rue de Nimy, 76 Mons

Infos : +32(0)65 31 53 43

www.mundaneum.be

Photo © Mundaneum

titreL'’identité juive marocaine sur le divan

Avec « Freud au Maroc. Regards sur l’identité », c’est une exposition assez singulière qui nous est proposée par le Centre de la Culture Judéo Marocaine. Cette exposition présente la collection privée, accumulée au fil d’une vingtaine d’années, du directeur du Centre, Paul Dahan.

Des objets d’arts provenant de la vie quotidienne et religieuse des Juifs du Maroc mais aussi des Musulmans. La particularité de l’exposition réside dans le fait que le fait religieux est éclairé à la lumière de la psychanalyse. D’où le titre de l’expo, alors que le célèbre psychiatre n’a jamais mis les pieds en terre marocaine. Le but avoué étant de pouvoir réfléchir sur la notion d’identité, son identité et de pouvoir battre en brèche tous les extrémismes.

Le sous-sol est consacré aux trois dimensions du psychisme. La première pièce est consacrée à l’origine, la naissance. Pour la psychanalyse, c’est le moment du Réel. Un montage vidéo montre l’état de transe, qui est un retour à l’état fœtal.

La seconde pièce est celle des symboles, on a quitté le chaos pour aller vers la loi. C’est l’étape symbolique.

La dernière pièce est celle du miroir, la troisième étape psychique, l’imaginaire. Ces dimensions psychiques trouvent un écho dans la construction de l’identité. On va de l’Universel au Particularisme. C’est cette structure qui guide l’exposition toute entière.

Au rez-de chaussée, l’exposition est consacrée aux rites juif et musulman. Les rites principaux sont au nombre de quatre : la naissance, les rites de passage, le mariage et la mort. Ils permettent de se rendre compte de l’importance du symbolisme dans la structure d’une société. De jolis objets illustrent chaque rite, montrant les similarités entre ces deux religions monothéistes. Leur analyse psychanalytique est très intéressante et pousse chacun d’entre nous à une réflexion sur la portée des rites dans nos sociétés modernes.

Au premier étage, place à l’Imaginaire avec bon nombre de représentations (tableaux, gravures,…) qui ferme le processus d’identité et d’équilibre dans la société.

Si malgré tout, cet équilibre est menacé, on fait appel à la sorcellerie, la magie et aux guérisseurs. Dans le cas d’un échec, la fonction de bouc émissaire fait son apparition. Illustrée par l’histoire particulière des Juifs marocains, elle rappelle que les rites sont, en réalité, universels et que la part imaginaire des identités peut mener à la violence.

Cette exposition a la vertu de partir d’un cas particulier tout en nous montrant l’universalité de l’identité du monde sous un angle psychanalytique très instructif. En ne condamnant pas la construction de l’identité qui passe nécessairement par l’appartenance et la séparation, elle évite de tomber dans le prosélytisme œcuménique bêlant. On ne peut que s’en féliciter. Comme de l’atmosphère rafraîchissante, qu’on doit au caractère majoritairement privé de l’initiative. Chapeau !


CHRISTOPHE DEVRIENDT


Exposition « Freud au Maroc. Regards sur l’identité » Du 29/02 au 15/05/2008

Centre de la Culture Judéo Marocaine.

19, place J. Vander Elst (place communale d’Uccle)  – 1180 Bruxelles

02 343 86 30

jmh.info@skynet.be

www.judaisme-marocain.org


titreLe poids des mots, le choc des traits

Avec Politic’art, le Botanique met des affiches sans scrupule à l’honneur jusqu’au 30 décembre

Un bébé porte la moustache, ... hitlérienne. « Vlaams Blok ! Ne touche pas à nos enfants! » scande en néerlandais le slogan de l’affiche « Imagine Belgique ». Papier et crayon sont encore des armes de critique redoutable. Les traits d’esprit, d’humour et d’humeur fusent. L’exposition Politic’art s’égrène en trois parties. Des affiches primées à Mons, des panneaux de campagne contre le racisme, des dessins de presse. Thèmes, graphismes et couleurs imposent les combats d’une époque.

Carré de papier éphémère, l’affiche annonce, défend, dénonce. Confinée, elle ne laisse pourtant pas de marbre. Il suffit qu’on s’y attarde, pour qu’elle constitue une véritable arme de propagande ou un farouche pied de nez à la censure. Les cinquante affiches ont été récompensées à la Triennale de l’Affiche politique de Mons, qui fête ses trente ans cette année.


Toutes exhibent un graphisme clair, adapté au survol pour un message concis. Avis aux adeptes du percutant ! La grande majorité provient de pays vivant ou ayant vécu sous la censure. Les républiques communistes d’avant 89 y sont bien représentées : Bulgarie, Tchécoslovaquie, Pologne. Le reste de l’Europe aussi : Belgique, RFA, France et Suisse. Le Français Benito Cabanas écrit « Kosovo » avec du sang et des barbelés. Tandis que l’Israélien David Tartakover signe en 2004 une remise en cause originale des colonies en Palestine.

Au centre de la galerie s’imposent les panneaux anti-racistes. Mathieu Goedefroot trace un calembour sur le port du voile « Mettre le(s) voile(s) ». Gal métamorphose Karel de Gucht en fétiche africain planté de clous. Ministre des affaires étrangères en 2004, ce dernier a traité les hommes politiques congolais d’incapables, provoquant une forte réaction dans l’ancienne colonie belge. A ces affiches se mêlent des avis de propagande datant de la Seconde Guerre Mondiale issus du fonds d’archives du Mundaneum de Mons. La juxtaposition agit comme une piqûre de rappel. Une bonne leçon de tolérance et d’exercice d’esprit critique.

A l’étage, les dessins de presse se consacrent entièrement à l’actualité. Moins esthétiques, moins épurés, ils s’arrêtent sur l’anecdotique. La confrontation est précieuse. A voir absolument!
 

CLOTILDE de GASTINES


Au Botanique
Rue Royale 236
02 218 37 32 ou www.botanique.be

Les affiches de l’édition 2007 sont exposées au Mundaneum de Mons
Centre d’archives de la Communauté française
76 rue de Nimy - 7000 Mons
www.mundaneum.be


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