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Expositions-plastique

titreSans cruauté, pas de fête


Tourner la Belgique en dérision? Ce n’est certainement pas l’ambition de l’exposition Toute cruauté est-elle bonne à dire? qui, depuis plus d’un mois et demi, décortique le plat pays à l’aide d’un « art sans anesthésie », en remuant le scalpel dans la plaie. La métaphore chirurgicale est chère au commissaire de l’exposition, Laurent d’Ursel, qui expose lui-même plusieurs œuvres dans cette farandole audacieuse et forcément surréaliste. Le centre d’art contemporain La Centrale Electrique, place Sainte-Catherine, accueille un public curieux d’assister au strip-tease d’une Belgique présentée comme désillusionnée, décomplexée et surtout, très à la mode.

Depuis le faux JT de la RTBF, qui répond bien évidemment présent à l’exposition, le devenir de la Belgique n’a cessé de soulever de nouvelles interrogations. Dans les couloirs de La Centrale Electrique, où résonne la Brabançonne en boucle, débats linguistiques succèdent aux questions institutionnelles. Un roi Baudoin larmoyant, un sobre portrait d’André Cools et un sosie de Marc Dutroux côtoient les caricatures politiques de Klaus Compagnie ou les natures mortes de Thomas Gunzig. Plus loin, le visiteur manque de trébucher sur le cercueil de Léopold II. On se voit annoncer la mort du Zinneke et proposer des cours de « désapprentissage » de néerlandais. Il faudra en tout cas conserver ses acquis d’histoire belge pour suivre les références variées et parfois subtiles qui soutiennent plusieurs œuvres de l’exposition.

« Pourquoi sauver la Belgique? », s'interroge Laurent d’Ursel. « Pour que son enterrement ne connaisse pas de fin! ». En l’occurrence, la cérémonie funèbre égaye plus qu’elle n’attriste. Si l’exposition se permet l’audace de la cruauté, ce n’est que pour mieux octroyer au pays le luxe d’être torpillé par ses propres artistes. Baudelaire ne s’en mêlera donc pas cette fois : après tout, il a lui-même reconnu la supériorité de l’œil belge en matière de précision insolente.


LOUIS DARMS


Toute cruauté est-elle bonne à dire? Jusqu’au 29 mars 2009
La Centrale Electrique
44 place Sainte-Catherine
1000 Bruxelles
http://www.cruaute.be/
Du mercredi au dimanche, de 10h30 à 18h
Happenings et « dévernissage » le 29 mars à partir de 18h
Photo © Hélène Taquet, Vice de forme, 2008.

titreA corps ouvert



Dix plasticiens reconnus honorent le corps à travers une collaboration entre le Botanique, la Maison de la culture de Tournai et Lagalerie.be. L’étonnante exposition Habeas Corpus nous invite ainsi à une découverte déroutante d’œuvres contemporaines inspirées par notre enveloppe charnelle, mélange de matières et sensations. En 1679, Habeas Corpus est une injonction et une loi symbolisant la fin de l’arbitraire royal, étape fondamentale de la liberté individuelle des sujets. Littéralement « Viens avec ton corps », cette maxime devient le principe directeur de cinq femmes et cinq hommes plasticiens venus au Botanique avec leur vision particulière du corps.

Dans le hall, un tête à tête avec des créatures sculptées en acier, mi-hommes mi-animaux, préfigure des rencontres insolites. D’apparence figée, ces œuvres de Jean-Claude Saudoyez oscillent bruyamment au moindre effleurement. Nous voilà prévenus, il ne faudra pas se fier aux apparences et garder ses sens aux aguets pour ne rien perdre du spectacle. Ainsi, en passant par le rideau séparant le hall de la grande salle, on traverse la première œuvre d’Ulricke Bolenz : une photographie imprimée sur du plastique coupé en lamelles. Via ses créations mêlant différentes formes d’arts, l’artiste montre les corps dans toute leur fugacité, prisonniers d’un système où ils ne sont que pions.  Bolenz cherche à coder les symboles de notre identité pour un résultat qui frappe le regard.

Dans une grande malle de bois noir, au tour de Mireille Liénard de nous offrir son étrange sculpture de tuyaux sanguins en cuivre à l’échelle humaine. Quand, soudain, nous voilà au centre de la pièce, captivés par des petites tables en verre dévoilant des Fluides humains en verre soufflé, nés de la créativité insolente de Laurence Dervaux.  Son imaginaire fusionne avec le réel, matérialisant des liquides intimes comme le sang, l’urine ou encore le lait maternel. Vitaux mais ordinaires, transfigurés par ce regard artistique, ils deviennent des bijoux aussi fragiles que précieux. Une métaphore de plus à décoder sans effort.

En chemin, les créations de Morgane Le Guillan, dont une représentation anatomique et des fragments d’un discours amoureux, alimenteront ce voyage parfois métaphysique. Imprégnés de signifiants plus que d’esthétique les objets-sujets en coquillages de Patrick Guaffi remettent à l’honneur l’extérieur du corps. Stéphane Balleux en revanche travaille avec la peinture et l’animation par ordinateur pour des réalisations qui subjuguent par leur mouvement inhérent. L’aventure humaine se poursuit à l’étage. Tandis que Jacques Dujardin élabore des hommes en relief grâce à des substances accrochées au verre, Nathalie Amand  photographie quant à elle des femmes nues jouant avec des tissus, sans artifice. Enfin, Dany Danino livre des amants nés d'incroyables dessins au bic. La mort, la vie, le désir, sans oublier aucun détail, entre fantasme et jeu, cet artiste nous offre une vision du corps qui résume bien l’esprit de l’exposition : un cocktail explosif entre l’être et le paraître.

Mais au fond qu’est-ce le corps ? Cette exposition collective semble postuler que la réponse est moins simple qu’elle ne le semble. Sans se contenter de l’aspect physique, ses artistes nourrissent leur travail de tout ce qui en découle. Jeux de matières et d’effets visuels, l’esthétique métaphorique des œuvres frise souvent une déconcertante abstraction. De la tête aux pieds on est ainsi plongé à la découverte de multiples formes d’arts. L’estomac retourné, le cœur serré, un peu gênés par ces corps étranges qui se dévoilent sans complexe. On quitte ces lieux parfois perplexe. Réalistes ou oniriques, intérieurs ou extérieurs, enchanteurs ou repoussants, rien ne les lie sauf l’essentiel : tels des miroirs ils nous renvoient quelque chose de nous.

BIANCA FIORA


 Habeas corpus : Musée du Botanique, 236 rue Royale, Bruxelles, du 23 octobre au 30 novembre 2008.

Photo ©Ulrike Bolenz, Kodierung  phase I, Technique photographique, couleur acrylique, 130x190x6cm, 2007

titreDavid Trubridge, nouvelle icône du design écologique


David Trubridge, personnalité atypique, fait une entrée triomphante sur la scène internationale de l'écodesign. Sa philosophie se base sur le respect de l'environnement, le développement durable et la responsabilisation individuelle. Diplômé en architecture navale, il se reconvertit en garde forestier et artisan pour être aujourd'hui designer industriel.Son approche de la nature est essentielle dans son travail. "Ma démarche n'est pas préméditée. C'est mon caractère. Et puis, pourquoi utiliser des matériaux synthétiques alors que la nature fournit les plus belles matières premières qui soient?" Le travail artisanal reste donc fondamental, même si l'intervention industrielle est inévitable pour la plupart de ses créations.

Amoureux de la mer, Trubridge et sa famille décident de tout abandonner pour parcourir le monde en voilier durant quatre longues années. C'est finalement la Nouvelle-Zélande qui les retiendra définitivement. Sur cette terre lointaine et sauvage, il retrouve les éléments primordiaux tels que l'air, l'eau, le bois et la pierre. Ses œuvres traduisent cette vision fragile et simple de la vie, la dépendance de l'homme envers son environnement, la préservation de celui-ci grâce au développement durable. A cette époque, David Trubridge crée ses premières chaises inspirées des méthodes de fabrication des canoës. Et c'est un succès.

Cependant, le tournant décisif aura lieu en 2001, à Milan, capitale du design, au Salone de Mobile. Il expose un prototype de chaise longue, le "Body Raft", à la forme fuselée, aérée, dynamique et à l'assise élégante. Il est  rapidement remarqué par Giulio Cappellini, directeur de la  marque du même nom. Celui-ci décide alors de produire la pièce et de l'insérer dans son catalogue. Depuis lors, le succès de Trubridge dépasse toutes les frontières, et la presse internationale s'en régale. 

Le designer a crée diverses pièces, allant des luminaires aux fauteuils en passant par des objets fonctionnels. Ses créations se caractérisent par leurs formes organiques, simples, exécutées en matériaux naturels. Invité-phare du September Design à Bruxelles, plusieurs galeries proposent ses objets. Le Diito expose ainsi ses luminaires et certains mobiliers, disponibles sur commande. Par ailleurs,l'ensemble de ses créations seront présentées à l'occasion du Vente Design dans la salle Pierre Bergé et Associés à Bruxelles, le 18 décembre 2008 prochain.

SAOULI QUDDUS

Info : www.davidtrubridge.com
   
    Diito sprl
    62, rue de l'Aurore
    B-1000 Bruxelles
    Tél: +32 2 646 16 10
    http://www.diito.be/

    Pierre Bergé & associés
    EMail : contact@pba-auctions.com
    Tél. : +33 (0)1 49 49 90 00
    http://www.pba-auctions.com

titreMaison de connexion





Quarante ans après mai 68, la maison de Mai – Mouvement Agitation Imagination – installée dans les ruines de l’ancien hôpital militaire d’Ixelles, invite le visiteur à se pencher sur l'héritage de cette révolution culturelle.

Qu'en est-il aujourd'hui de l’esprit soixante-huitard? Qu'en est-il de la liberté d'expression? Quid de nos idées...et de nos idéaux? C’est ce sur quoi se penchent les quinze artistes résidents qui ont répondu à l’initiative lancée par de l’asbl Présence et action culturelle – PAC. Dans cette vieille bâtisse à la brique apparente, ils s’emparent de ce lieu brut pour créer et développer leurs installations. Comédiens, plasticiens, scénographes, architectes, peintres, dessinateurs, graphistes, metteurs en scène ou encore musiciens exposent leur vision du monde contemporain. Ils donnent une incarnation aux murs et les font s’exprimer.

Décalé et alternatif, le projet tire son épingle du jeu par la richesse de ses installations, une dizaine au total. Certaines mettent à contribution le public. C’est le cas de l’artiste Jan Hammeneker. Il invite le visiteur à s'installer devant une machine à écrire et à taper son histoire sur une feuille de papier. Il pourra ensuite la placer librement dans cette chambre de poète. Quant à  Julie Chloé Degueldre, avec Le club de changisme, elle pousse à réfléchir sur le dualisme d'un passé-présent inachevé tout en proposant, sur vidéo, une lecture de cette schizophrénie collective que constitue la maison de Mai. D’autres espaces, comme le grenier, accueillent spectacles, concerts et tango-lovers. Clin d’œil avec cette petite pièce en bois surnommée le cheval de Troie. Au sous-sol, se terre une bande de comédiens en répétition...

Prolifique, ce lieu incite toujours le visiteur à ouvrir ses mirettes. Parfois, un mot, une phrase suffisent pour exprimer de manière troublante et juste le désenchantement qui hante la société actuelle. Pour vivre cette expérience, n’attendez pas et rendez-vous vite à cette maison qui ferme ses portes dès le 17 octobre.



SAADIA STERKENDRIES


Maison de M.A.I. (Mouvement Agitation Imagination)
8, rue Rodin
1050 Ixelles
Info: www.lespritdemai.com
Ouverte du mardi au samedi de 10h à 18h, entrée gratuite
Jusqu'au 17 octobre 2008


Photo © Kungu Luziamu

titreQuand le marbre rencontre deux alchimistes

La Pietà de Michel-Ange vue par le photographe Robert Hupka crée la surprise au Parc du Cinquantenaire


Une seule œuvre au cœur de l’exposition. Mariage incongru entre deux arts, deux époques. Le tout dans un cadre religieux. Ce décor planté pourrait en faire fuir plus d’un. Qu’il ose le voyage : une à une ses réticences éclateront comme des bulles de savon.

Michel-Ange n’a même pas 25 ans quand on lui commande la première de ses trois Pietà. D’un bloc de marbre, tel un alchimiste, il fait naître une sculpture d’une perfection inouïe. La Vierge, tenant dans ses bras Jésus descendu de sa croix, prend par la grâce de ses mains une forme divine. Sa beauté captive rapidement regards et envies. Le génie de la Renaissance, sculpteur mais aussi peintre et architecte florentin, en fait d’ailleurs sa seule œuvre signée. Conservée dès sa création, en 1500, à Rome dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican, la statue s’envole pour l’Exposition Universelle de New York, en 1964. Elle rencontre alors le regard de Robert Hupka, musicien américain d’origine viennoise. Il doit prendre une seule photo pour illustrer le disque qu’il va composer pour le pavillon du Vatican. Il en prendra finalement 5000…

Déjà, adolescent, fasciné par le maestro Arturo Toscanini il l’immortalise par des milliers de clichés. Devant l’œuvre de Michel-Ange la même passion l’envahit, plus dévorante encore. De jour comme de nuit, dans la lumière comme dans la pénombre, sous tous les angles il en fait sa muse. Seul son retour en Italie met entre parenthèses cette symbiose obsédante.

Voilà qu’ en 1972 un malade mental inflige 15 coups de marteau à la Pietà. Restaurée mais en danger, elle est ainsi reléguée à tout jamais dans une cage en verre, sur un socle élevé, à plus de 6 mètres des visiteurs. Grâce à ces clichés « la beauté inaccessible » est libre de voyager autour du monde, au plus près des regards. Coïncidence troublante, son nom vient du latin pietas qui signifie « loyauté absolue…un amour profond que ni la vie ni la mort ne pouvait détruire ». Ainsi, jusqu’à son dernier souffle, en 2001, Robert Hupka suivra de près toutes les expositions de ses photos, lié à jamais à la création de Michel-Ange.

Enfin à Bruxelles, 130 clichés noir et blanc de ce photographe hors du commun nous dévoilent la Pietà sous toutes ses coutures, comme jamais nous ne pourrons la voir. Surgissant de l’obscurité, elle illumine la salle de son éclat surréaliste. Le travail sur la lumière, au cœur de cette nouvelle scénographie, sublime l’intensité et la perfection des formes. Détails ou prises de vues vertigineuses et étonnantes sont magnifiés. Les images s’emparent de ces reliefs sculpturaux. Une atmosphère douce invite à la contemplation. La musique d’Hupka vibre dans l’air et épouse le tout. Impossible de rester de marbre. Perfection et grâce poétique de ce chef-d’œuvre ainsi exalté viennent troubler nos sens. L’émotion nous envahit. Chaque photo à son tour se mue en œuvre, relatant un mystère insoupçonné. Ceci n’est pas une exposition, c’est une leçon d’art. Jamais plus on se contentera d’un simple regard envers une œuvre. Une révélation qui vaut le détour !


BIANCA FIORA



La Pietà de Michel-Ange par Robert Hupka, Parc du Cinquantenaire, du 24 septembre au 30 novembre 2008

Photo DR

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