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Des bourgeons pour le Printemps
Lieu insolite et favorable à l’épicurisme, l’Indigo Studios accueillait fin avril sans doute l’une de ses dernières expositions. Au cœur de la capitale, dans cet espace d’exhibitions artistiques imprenable, se tient le vernissage du Printemps des Arts Actuels. Deuxième édition déjà pour ce salon regroupant une trentaine d’artistes contemporains, choisis à travers un large spectre de disciplines.

Le Printemps des Arts Actuels s’éclate dans la
diversité. Verrerie, bijouterie, céramique, photographie, peinture,
sculpture ; langage du corps, de la nature et de l’esprit. Bouillonnement
d’idées fraîches et réflexives. Dans les dédales de l’Indigo Studios on hume ce
soir de vernissage la réactivité du monde ; comme un avant goût…
d’avant-gardisme. « Les artistes
sélectionnés ont un langage de qualité, intelligent et sérieux à notre
époque ». C’est le critère ultime pour pouvoir exposer lors de ce
désormais rendez-vous bruxellois annuel des amis de l’art contemporain. Pour
Philippe Lichtfus, créateur de l’asbl «Lichtfus Art Event », hôte de
l’exposition, le Printemps des Arts actuels est ainsi une manière élégante de
réunir un « cocktail harmonisé
d’artistes ». En effet. La soirée brasse entre 900 et 1 000 visiteurs,
selon son organisateur.
Collectionneurs ou amateurs, journalistes, sont
venus en nombre. Nous avons vibré avec Olivier
Marcovich, haute couture de la peinture contemporaine... Fantasmé avec les
photographies puristes et conceptuelles de Catherine
Scaillet Van der Stappen, mais aussi devant les oeuvres de Tamar Kasparian, artiste peintre
innovante qui crée à partir d’huile, feutres, sur photos, toiles ou à l’aide de
cheveux. Original et décalé tout en conservant un romantisme grave et universel
à toute épreuve. Coup de foudre pour « Red
Flowers » (photo), de Jean-François
Debongnie. L’artiste peintre autodidacte partage sa vie entre la Belgique
et Singapour, puise son inspiration dans la fragilité du mouvement et la
profondeur de l’encre chinoise.
Fantastique retour dans l’enfance opéré par Pierre Closset, sculpteur de la douceur.
Ses créations : un panda curieux (« Sauvez les bambous »), un « Couple de pingouins », un poisson exotique, un oiseau nocturne,
parmi d’autres créatures de l’étrange et du lointain. Reflet d’une diversité
naturelle et humaine en voie de disparition ?
L’art devient désir suprême avec Christina Jékey etJimmy de Bock. L’une,
artiste plasticienne designer qui honore de ses créations l’évolution déco contemporaine.
Animales, parfois subversives mais toujours instinctives, ces sculptures de
bois titillent et étayent l’imagination. L’autre, Jimmy de Bock, photographe minimaliste, maître du concept sobre et
tranchant.
Monique Paul, peint son enfermement dans les
limites du « pouvoir voir », du montrable « de l’indécence de
l’âme. Alchimiste des techniques et
supports mixtes, elle avoue une obsession : « la couleur, expression profonde, cri ou mémoire captive ». Et
de conclure mon petit tour dans l’Indigo Studios : « La vie n’est certainement pas un long fleuve
tranquille ».
"Red Flowers", Jean-François Debongnie
Printemps des Arts Actuels 24-27 avril 2008
Organisation: Lichtfus Art Event www.philippe-lichtfus.com
A voir
Arts Derniers
Second salon d’art
contemporain africain de Bruxelles
Du 27 juin au 20 juillet, Sablon
Plus d’infos sur www.philippe-lichtfus.com
L’Art habité
Une myriade d’événements multiculturels est à l’honneur au KVS du 10 au 20 janvier avec MP5.
Derrière ce nom high tech se cache un festival dédié à la jeune création internationale et surtout arabophone : Meeting Points Five. Son objectif: mettre à bas les amalgames et les idées reçues sur le monde arabe.
« On ne voit pas un tchador dans tout le festival, j’en suis assez fière! s’exclame Frie Leysen, programmatrice de Meeting Points Five. Or, c’est un festival conçu pour le monde arabe ». Endiguer l’aliénation culturelle dans ces pays, voilà le cheval de bataille de MP5. Une quarantaine d’événements a déjà traversé neuf villes arabes et Berlin en novembre dernier. Alexandrie, El Minia, Le Caire (en Egypte), Amman (en Jordanie), Beyrouth (au Liban), Damas (en Syrie), Rabat (au Maroc), Ramallah (en Palestine), Tunis (en Tunisie).
La programmation de MP5 à Bruxelles est surtout destinée à briser les idées reçues sur le monde arabe. Les jeunes artistes donnent tout sauf une image passive, primitive et sans espoir de leur pays. Cette édition comprend des expos en accès libre, des films, du théâtre, de la danse contemporaine et même du rap et de l’electro. Parmi les installations video, Chic Point de Sharif Waked risque d’en faire rire plus d’un. L’artiste fait défiler une ligne de prêt-à-porter hors-norme pour faciliter les fouilles aux checkpoints israëlien. Elle sera en accès libre pendant toute la durée du festival.
L’initiative
Tâchons de l’éclaircir. A l’origine de ce projet transnational figure le Young Arab Theater Fund (YATF). Malgré sa dénomination, l’association active à Bruxelles n’est pas si jeune que ça, ne vise pas que l’arabité et ne soutient pas que le théâtre… Son action consiste à encourager les acteurs culturels du monde arabe. En les aidant à produire et en faisant venir des artistes étrangers. Le principal obstacle est en effet que les circuits nationaux de création et de diffusion sont accaparé par les produtions soit officielles, soit commerciales. Le YATF s’évertue donc à créer une nouvelle circulation régionale et internationale, un nouveau marché de l’art dans les pays arabes.
En novembre, MP5 a pu ainsi présenter des créations venues de Belgique, de France, du Japon et même du Brésil dans les villes-partenaires. Seul Rosas sera présent à Bruxelles avec « Once », un solo d’Anne Teresa De Keersmaeker sur la musique de Joan Baez. « Ce fut une bouffée d’air pur pour les artistes soutenus toute l’année par le YATF, explique Frie Leysen. Ils sont en relation avec de nouveaux publics immédiat ou voisins. A Tunis, Beyrouth et au Caire, la réception a été magnifique. Le projet tient la route. Ce n’est qu’un début ! »
Le KVS a choisi de se laisser envahir par MP5. « Car ce festival est nécessaire, confie Patrick de Coster du KVS. Bruxelles est une ville cosmopolite animée par des artistes d’origines très diverses. Si nous arrivons à toucher un public très large, et surtout les personnes issues des migrations venant de ces pays-là, nous aurons gagné notre pari ! »
Meeting Points souhaite en effet colporter une image positive : l’échange d’idées et de formes d’art, la création d’affinités. L’intervention d’Ahdaf Soueif sera un des temps forts. L’auteure égyptienne abordera le thème de l’aliénation des milliers de personnes issues du milieu arabe et musulman en Orient comme en Occident. Au programme, analyse au vitriol de cette aliénation multiforme dont les causes sont éminemment politiques.
CLOTILDE de GASTINES
Rencontre avec le photographe Jean-François Spricigo

Culture&Dépendances : L’exposition s’intitule Silenzio. Peut-on dire que « le silence » est le thème de cette exposition ?
J-F Spricigo : L’expo qui est présentée ici est constituée majoritairement d’une série qui s’appelle Silenzio, qui a été exposée chez Contretype à l’hôtel Hannon. Et j’ai rajouté une image de l’expo Notturno, présentée au Botanique. La troisième expo qui démarre s’appelle Prélude et se tiendra à Paris, chez Agathe Gaillard.
Dans mon travail, il n’y a pas de thème. Je préférerais dire : des humeurs. Des humeurs en ce sens où je cherche d’avantage un climat qu’un prétexte plus intellectuel pour relier les images comme pourrait l’être un sujet de reportage. Pour être tout à fait sincère, je trouve que Silenzio est un mot très beau. Il sonne, il est en bouche, j’aime la longueur sur la dernière syllabe. Et aussi, le silence est une donnée importante dans ces moments de vie qui ont été les miens qui ont conduit à faire ce genre d’images.
C&D : Quelle est donc votre source d’inspiration pour vos photographies ?
J-F S. : Je n’ai jamais de sujet. Je ne fais pas de reportage. Lors d’entretiens publics au Botanique, mon ami Marcel Moreau avait parlé de quelque chose qui s’appelle « les instincts éclairés ». Ne fût-ce que la désignation simple d’instinct éclairé, ça éveille les sens. C’est une pulsion. A un moment donné, quelque chose se présente à soi, une envie de raconter, une tristesse, une joie. Et cet instinct éclairé, alors même qu’il n’est pas matériel au niveau de la désignation de son sujet, va être un étrange fil rouge qui se déroule dans la nuit. Donc c’est pulsionnel, instinctif.
C&D : Etes-vous conscient que vos images dégagent un certain mystère ?
J-F S. : La photo, à tort ou a raison, s’est souvent apparente à être l’art du constat. Quand vous vivez une expérience forte et que vous fermez les yeux, il vous reste une image diaphane de cette expérience. Et je crois que c’est ça que j’essaie de retraduire, le plus humblement possible. Donc ce mystère, ce « tout autre », j’ai l’impression que vous avez dû probablement le vivre à un moment donné de votre vie. La confusion, ou un mystère qui tend à voir avec l’exaltation, la frousse. C’est quelque chose qui, s’il est mystérieux c’est précisément pour pouvoir révéler plus encore mon intimité. C’est dans ce mystère que je puis être intime tout en étant pudique, je crois.
C&D : Pourquoi manipulez-vous certaines de vos photos ?
J-F S. : Il est vrai que je retravaille le négatif. Car je fais peut-être de la photo par désespoir de peinture. Je ne sais pas peindre. La peinture c’est quand même la discipline qui offre, avec l’écriture et la musique, la plus grande liberté poétique qui soit. Moi je suis, malgré tout, contraint à organiser un espace objet. Ce qui me plait dans la retouche directe du négatif, c’est l’aspect complètement casse-cou de la chose. Et qui participe aussi a l’idée de perte, qui me touche beaucoup. L’absence et la perte, ce sont des principes auxquels je suis très sensible. Et bon, vous savez que si vous faites une connerie avec votre négatif, le débat est clos.
C&D : Vos images ne sont pas très gaies, voire angoissantes. Vous êtes si déprimé que ça ?
J-F S. : Dans la vie, il y a les moments de joie et les moments de douleur. En ce qui me concerne, quand j’ai le bonheur de jouir de moments de joie, je suis trop occupé a les vivre que pour me dire de les photographier. Malheureusement, ce sont souvent les moments de douleur qui donnent l’impulsion. Quand on a des prétentions poétiques ou artistiques, il faut mettre la tragédie au bon endroit. Moi, je vous assure que j’ai été sincère. Si j’ai souffert à un moment, j’ai essayé de vous le dire en étant pudique, en n’étant pas intrusif dans vos vies. Mais par contre là, je ne peux pas décemment dire que je suis déprimé, parce que votre seule présence me met en joie. Il y a des humeurs, on est faits de paradoxes et c’est très bien.
Propos recueillis par CHRISTOPHE DEVRIENDT
Photo: © Jean-François Spricigo
Peu alléchant Alechinsky
Le maître de l’impur et de l’in-fini s’offre pour ses 80 ans une rétrospective au Musée des Beaux-Arts
Difficile d’apprécier les grandes rétrospectives, quand on connaît à peine l’œuvre, le style plutôt déconcertant du maître belge. Déconcertant, le prix l’est aussi. « Ah, non, madame, les seuls musées gratuits le premier mercredi du mois, ce sont les musées fédéraux ! » Neuf euros l’entrée, quatre euros supplémentaires pour l’audioguide. Des prix parisiens.
Le
tourniquet magnétique lui aussi est digne de ses confrères du
métropolitain. Les gardiens veillent au grain dans leurs vestes orange
potiron. Pas de resquille possible. « Monsieur,
si l’ordinateur vous refuse, c’est parce que vous avez pris une entrée
pour Rubens. Et, Madame là, vous aussi, c’est pour ça que votre ticket
ne marchait pas. Il va falloir ressortir ». Bzz. La barre
s’ouvre avec un bruit métallique. La gardienne repose sa télécommande.
Penaud, le couple devra se contenter de la chronologie gracieusement
exposée sur le chemin des salles d’art moderne, de la projection,
visible depuis la balustrade et de la petite dizaine de croquis et
peintures en libre accès.
Le bon
sésame ouvre le fameux portique, plongée dans l’univers de yksnihcelA
Alechinsky, hanté de créatures brouillonnes et laides. Plusieurs
faux-semblants de planche de Bande Dessinée en guise d’amuse-gueule.
Une étrange projection dénuée de paroles en entrée. Des toiles
monumentales en plat de résistance. Un catalogue un peu lourd comme
digestif.
Si les variations
autour des quatre éléments ne convainquent pas. Quelques morceaux de
choix sont au menu. Il faut s’attarder devant « Le feu » de 1950-1953
aux traits fauves et la grande « bourrasque » de 1983. Une série des
emprunts russes illustrés entre 1973 et 1988 trahit l’humour du Belge.
Leur intitulé laisse pantois « Krach à dessein ». Enfin, les regrets
s’envolent face aux « Communications et Colloques » dont les motifs
minimalistes sont entourés d’une frise marouflée, à la manière des
autres toiles. « Ostende Douvres » et « Le goût du gouffre » font aussi
partie des belles enfrisées.
Beauté,
poésie et pureté sont pourtant clairsemées. L’enfant du pays produit
une peinture sans ligne pure, sans cercles fermés. Il peint avec audace
tâches et rayures. Une rétrospective en binaire.
CLOTILDE de GASTINES
ALECHINSKY de A à Y. Jusqu'au 30 Mars 2008
Musées Royaux des Beaux-Arts
Rue de la Régence 3
1000 BRUXELLES
http://www.fine-arts-museum.be
02 508 32 11
Précieuses sans ridicule
Avec Brillante Europe, l’espace ING chantonne l’air des bijoux. Les pierres de ses majestés s’exposent à profusion
Plus de deux cent chefs-d’œuvre des cours européennes rutilent dans un souffle d’émerveillement. De quoi réjouir les férus de lignées et de colliers. Une évolution prudente s’impose à travers ces 800 ans d’histoire. Le buste en argent grandeur nature d’Isabelle la Catholique donne le ton. Le goût est aux bijoux lourds et voyants d’apparat.

D’austères vitrines dévoilent rideaux de perles, rivières de diamants, simples boutons en forme d’étoiles, rubis large comme un œuf, perle grosse comme une phalange. Y succèdent talismans et reliques de facture exceptionnelle, coffrets et broches de la taille d’un poing.
L’ostentation est autant le fait des laïcs, que des religieux. Vêtements et bijoux sont synonymes de pouvoir. Des portraits de monarque immortalisent d’ailleurs le port de certains bijoux exposés. Bijoux de corsage, parures, signe d’appartenance aux ordres de chevalerie. Toutes les formes d’apparat sont rassemblées. Sous la Renaissance, la mode est aux émaux illustrés d’animaux : perroquet, faisans, cavaliers. Apanage des têtes couronnées, les ors des cours s’étalent avec toujours plus de faste au fil des siècles.
L’exposition fait la part belle aux joyaux de la Couronne d’Angleterre prêtés pour l’occasion. Il faut s’attarder pour détailler la finesse d’un pendentif offert à l’explorateur Francis Drake par Elisabeth I. Le médaillon est orné d’une camée de sardoine et porte deux effigies de femmes, l’une noire et l’autre blanche et il renferme sous la camée un portrait de la reine.
Dans une salle consacrée aux diadèmes, des clichés de mariages figent des têtes ployant sous les chevelures diamantées et des corps guindés dans leur corsets. Certains visiteurs commentent les liens généalogiques de ces dames et gentilhommes avec passion. D’autres s’extasient sur les arabesques d’améthyste. A tout moment, un « Ciel mes bijoux !» pourrait retentir.
Les pupilles pétillent devant ce luxe un rien écoeurant, qui rappelle l’adage de Voltaire : « le superflu, chose très nécessaire ».
CLOTILDE de GASTINES
Brillante Europe. Les joyaux des cours européennes. Jusqu’au 18 février
ING Cultural Centre
Mont des Arts / Kunstberg
pl. Royale/ Koningsplein 6 à Bruxelles
02 547 22 92 ou www.ing.be/art
tous les jours de
10 à 18h, me. jusqu'à 21h
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