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Livres-bd

titreUn vent pas très rose

Russie 1916. Un vent de révolte siffle à Moscou. Alexandre, étudiant en médecine, distribue avec quelques camarades des tracts pour tirer « les masses de leur léthargie ». Coupable d’un geste de rébellion contre la police tsariste, il doit fuir Moscou au plus vite. A mille lieues de là, au nord de l’Oural, un vieux médecin est violement assassiné en pleine forêt pas une force de la nature sauvage et obscure. Alexandre se voit confier ce poste en pleine campagne, où la science médicale et les croyances populaires ne font pas bon ménage.

 

L’ouvrage commence dans ce désert de neige qu’est le nord de l’Oural. Le vieil homme traverse les bois, il s’engouffre dans cette blancheur immaculée en pleine tempête. Stoppé par les éléments, il est surpris par une silhouette aussi imposante qu’inquiétante. Son sang macule de rouge le blanc chemin. Le dessin est superbe et le ton mystérieux. On s’attend à goûter à une aventure opaque et intrigante. Puis l’histoire se met en marche. Jeune médecin à peine diplômé, Alexandre est parachuté dans cette contrée sauvage pour remplacer l’homme occis. A peine arrivé, il se heurte aux réticences de la population locale, à la prégnance des mythes et des croyances ancestrales. Il est quelque peu acculé, contraint de prouver qu’il peut soigner autant que les plantes ou les talismans. Pendant ce temps là, les meurtres s’accumulent, la bête rôde…

Cet album reste assez énigmatique, notamment à cause de son graphisme. L’auteur alterne des planches d’une incroyable beauté et d’autres dessins presque brouillons. Etonnant, quand on se penche sur certaines cases où les jeux d’ombre et de lumière sont maîtrisés avec une réelle virtuosité. Martin excelle lorsqu’il emploie une couleur dominante. On savoure ces passages saturés de rouge ou de bleu. Le scénario reste assez captivant, mais pas jusqu’à faire retenir son souffle. Il reste au fond une once de frustration à la lecture de cet album. Il possède des qualités indéniables comme la beauté de certains dessins et une histoire relativement captivante. Mais il manque plusieurs ingrédients pour en faire un album plus savoureux encore. L’histoire aurait sans doute méritée d’être plus aboutie. La chute laisse un peu le lecteur sur sa faim. L’impression générale reste ainsi assez mitigée. A chacun de prendre ce vent comme il l’entend.

GABRIEL HAHN

Ce que le vent apporte de Jaime Martin
Air Libre, Dupuis
72 pages, 14 euros
Photo : © Dupuis 2007

titreL'odyssée de l'espoir, l'espace d'un temps

Un petit chef d'oeuvre de la bande dessinée. Cyril Pedrosa s'élance pour la seconde fois seul en piste avec Trois ombres. Après Les coeurs solitaires, ce jeune dessinateur né en 1972 fait preuve d'une maîtrise graphique et d'un art du récit à faire pâlir ses consoeurs et à ravir ses lecteurs. Tout commence dans un univers joyeux et oisif. Joachim et ses parents filent un doux bonheur familial dans la campagne bucolique. Leur existence se partage entre jardinage, promenades et baignades aux creux des collines. "Le goût des cerises... la fraîcheur... l'odeur verte d'une rivière" L’atmosphère est aux petits plaisirs minuscules. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où tout vacille. Sur la colline, face à leur maison, apparaissent trois ombres immondes.

Effrayantes de loin, elles s'évaporent quand on les approche. Elles errent là, immuables, et restent insaisissables. Une menace fantôme pesante et angoissante. Alors Lise, mère de Joachim décide de prendre le taureau par les cornes en allant voir Suzette Pique, spécialiste es "Démons intérieurs et écoute bienveillante". Sa vision se révèle bien difficile à entendre: ces trois ombres sont des émissaires de la Grande Faucheuse, venus sur Terre enlever le petit Joachim. Ne pouvant se résoudre à perdre le fruit de leur amour, les parents décident donc de se séparer. Lise reste, pendant que son mari, son fils sous le bras, part dans la nuit pour faire mentir le destin. Commence alors une course poursuite haletante, voyage initiatique et périlleux, pour ne pas périr et être à nouveau tous les trois heureux.

Les dessins de Pedrosa sont d’une touchante singularité. Ses traits affichent une grande simplicité qui laisse transparaître une expressivité désarmante. Il jongle entre des illustrations que l’on pourrait associer à de simple croquis au crayon et des pages entières où chaque détail compte et fait mouche. La noirceur de certaines cases, jonchées d’arbres tortueux, n’est pas sans rappeler l’univers Burtonien. Mais l’auteur va bien au-delà. Une fois entrouvert, difficile voire impossible de refermer cette aventure humaine avant la fin. C’est une histoire d’amour, d’aventure, de sacrifice, de survie. Les personnages, bien que traqués, font preuve d’une touchante humanité et le récit, parfois onirique, offre aussi un côté très poétique. Malgré un sujet relativement dur, la mort d’un enfant, ce livre reste plein d’espoir. L’éclaircie vient toujours après la pluie.

GABRIEL HAHN

Trois Ombres, Cyril Pedrosa

Edition Delcourt, collection Shampooing,

268 pages, 18 euros

Photo: © Delcourt

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