page 1 sur 1

Theatre-derriere

titreAu chevet du Rideau

Nouveau coup de théâtre au Rideau de Bruxelles : l’annulation d’« Elseneur ». En coulisse, les forces vives de l’art dramatique francophone se mobilisent pour l’institution théâtrale de la capitale.
 

Photo © Daniel Locus


Fin de matinée, dans le Studio du Palais des Beaux-Arts, plein à craquer. Plongée dans les lieux et la vie des troupes du Rideau du Bruxelles. Journalistes, amateurs et professionnels de l’art dramatique, représentant du ministère de la culture et des Bozar, citoyens engagés dans l’éclosion florissante de la culture bruxelloise… Peu sont ceux qui manquent à l’appel de détresse lancé par le collectif du Rideau ce 18 avril 2008.

           
 « Un mal chronique »
Directeur artistique de l’asbl depuis juin dernier, Michael Delaunoy souhaite alerter la presse sur « la gravité de la crise ». Pour lui, c’est « l’ensemble de la vie théâtrale » de l’association qui est menacée. Après la délocalisation in extremis de « Blackbird », faute de salle adaptée, l’équipe du Rideau et sa compagnie est aujourd’hui confrontée à la suppression d’une série entière de représentations (« Elseneur », prévu dès le 15 avril). Une première dans l’histoire du collectif. Evénement symptomatique d’un « mal chronique, un problème structurel majeur dont souffre le Rideau depuis des années », selon M. Delaunoy.
Manque d’infrastructures de représentation et d’accueil, imbroglio administratif et politique avec le Palais des Beaux-Arts. Pourtant partenaire historique et privilégié depuis 60 ans. Leur bail est prolongé en janvier 2007 par une convention de collaboration de trente ans. Celle-ci précise que « le Palais met les salles à disposition du Rideau afin de lui permettre de développer sa programmation artistique». Jean-Marie De Backer, vice-président du collectif, continue de croire que « l’avenir du Rideau reste intégré de façon harmonieuse au Palais ». Pourtant, nombreux sont les points de friction qui aujourd’hui agitent les esprits.

 
Mauvais coup de théâtre

Participant au creuset de la culture belgo francophone depuis 1928, le Rideau est l’une des premières scènes de la création théâtrale bruxelloise. Le collectif s’installe dans les locaux du Palais dés 1942, puis crée dans la foulée une compagnie indépendante. C’est le début d’une lutte permanente pour son autonomie. En 1986 déjà l’équipe perd sa grande enceinte. La Salle de Musique de Chambre devient inadaptée - acoustique désastreuse – suite à un réaménagement raté. En 2006, nouveau traumatisme. La destruction du Petit Théâtre en une nuit, et sans avertissement, après soixante ans d’occupation donne un goût d’amertume. La dramatique se poursuit. Des promesses de reconstruction qui tardent à se réaliser, un permis d’environnement très long à délivrer. Le Palais, en charge de leur obtention, reste pétri de bonnes intentions mais ne peut que déplorer les retards.
Initialement prévue pour septembre 2007, la construction d’une nouvelle salle pour le Rideau se fait ainsi toujours attendre. Baptisée « Auditorium Paul Willem », l’enceinte provisoire doit voir le jour en août 2008 au bout de la rue Villa-Hermosa, pour trois ans seulement. Michael Delaunoy réclame aujourd’hui des garanties juridiques – et non verbales – afin de présenter la prochaine saison théâtrale (coup d’envoi prévu pour septembre 2008).


Victime de son autonomie ?
Dans la salle comble du Studio des Bozar l’engagement citoyen est palpable. On cherche, on polémique, on politise la question. Discussion sur des objectifs budgétaires différents, suspicion citoyenne sur des relents d’autoritarisme de la part du Bozar, polémique parmi les intervenants sur les conflits communautaires et la « flamandisation » du Palais.
Une actrice ose : « le Rideau doit-il finir par s’émanciper des Bozar ? ». Pour Michael Delaunoy, il est « hors de question de continuer d’envisager l’indemnisation comme solution pour les spectacles annulés ». Le directeur artistique réclame une mise au point entre les engagements pris par le Palais et la situation actuelle. Il revendique des garanties d’ici mai, date à laquelle le collectif doit présenter la prochaine saison.
Vers midi, fin de la conférence de presse. Alors que les places du Studio se vident, il flotte dans l’air échaudé un espoir vibrant. La croyance fondamentale que, quoi qu’il arrive, le show doit continuer. Au nom de la beauté que représente cette « rencontre entre les artisans d’un spectacle et ses spectateurs », commente M. Delaunoy. Le Rideau, poursuit-il, « comble du paradoxe, est une authentique maison de théâtre… aujourd’hui privé de toit ».

SANDRA DONDENNE            

 Photo © Daniel Locus

Une petite soif ?

Infos
Rideau de Bruxelles asbl au Palais des Beaux-Arts
www.rideaudebruxelles.be
0032 (0) 2 507 83 60

page 1 sur 1

copyright 2007 culture et dépendances // contactez-nous // sponsors // webdesign // Admin