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Rencontre avec Daniel Hanssens
L'oeil de l'auteur, Thomas Gunzig
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Femmes en résistances

Pourquoi et comment une américaine de 23 ans quitte son confort américain pour s’interposer entre les bulldozers israéliens et des maisons de civil palestiniens à Gaza ? Rencontre avec Jasmina Douieb et Cécile Vangrieken, metteuse en scène et comédienne de « Je m’appelle Rachel Corrie » au Théâtre de Poche, pour esquisser un début de réponse.
Rachel Corrie voit le jour à Olympia, Washington le 10 avril 1989. Issue d’une famille aisée, elle devient très jeune une citoyenne consciente et engagée. Comme le rappelle Cécile Vangrieken, qui l’interprète dans la pièce, « elle est incroyable, à dix ans elle dit déjà « je suis ici parce que chaque jour des enfants meurent de faim, nous devons comprendre que ces gens sont comme nous, qu’ils font des rêves comme nous, qu’ils sont nous et que nous sommes eux. Mon rêve est de stopper la faim dans le monde d’ici l’an 2000 ». Civisme étonnant pour une enfant de dix ans. Et si beaucoup de personnes ressentent l’injustice, combien s’engagent pour la combattre ?
A 23 ans, Rachel passe aux actes. Elle part pour Gaza le 25
janvier 2003 avec d’autres ressortissants étrangers dans le cadre du Mouvement
International de Solidarité. Là, elle aide à son échelle, soutenant les
palestiniens dans leurs difficultés quotidiennes. Donner à boire à un enfant,
palper la dureté de la réalité, alerter l’opinion par ses connections, le
bouche à oreille… De menus gestes qui ne résolvent pas un conflit mais
apportent concrètement une once de soulagement. Le 16 mars, Rachel meurt
écrasée sous la pelle d’un bulldozer israélien alors qu’elle tentait, en
s’interposant, d’empêcher la destruction de deux familles palestiniennes.
Une existence sacrifiée sur l’autel de ses idées
C’est son histoire que le Théâtre de Poche met en vie. A travers ses nombreux écrits : « il y a une petite moitié qui datent d’avant la Palestine et les deux tiers qui sont quand elle est là-bas. Il y a également des mails qu’elle a envoyé à ses parents, une lettre de son père et une lettre de sa mère », explique Cécile Vangrieken. La metteuse en scène, Jasmina Douieb, avoue avoir « tout de suite aimé le thème, pas tellement le conflit israélo palestinien mais plus le personnage et la naissance de sa prise de conscience politique. Il s’agit vraiment de voir l’émergence de son engagement, sa quête de l’absolu, de la bonté humaine qui finit par être littéralement broyée. Sa soif de justice est incroyable, c’est une soif très naïve et très pure ».
Les deux femmes embarquées dans ce projet reviennent de Palestine où elles ont tâté la réalité du terrain. Rencontrant beaucoup de palestiniens, partageant quotidien et travaux des champs. Une manière de rentrer un peu plus dans la peau de Rachel, de prendre la mesure de son indignation. Pour mieux résister. Car « le théâtre est un des derniers lieux où on essaye de résister un tout petit peu et s’il peut permettre de petits éveils, une étincelle c’est déjà pas mal. La solution politique je ne la connais pas mais on peut peut-être faire de petites actions et ne pas fermer les yeux sur tout ce que l’on croit insoluble », affirme Jasmina. Et sa comédienne d’ajouter « le gros danger reste l’amalgame dans ce conflit, rien n’est simple. Le manque de liberté des gens est criant, on leur coupe les ailes, ils n’ont pas d’ailes mais possèdent une joie et des yeux lumineux, l’espoir tient tête ».
Le Poche sort une nouvelle fois du bois avec un spectacle engagé, radicalement militant. Histoire de témoigner et de faire vivre l’appel à l’éveil d’une jeune fille atypique, sacrifiée pour ses justes idées.
GABRIEL HAHN
Je m’appelle Rachel Corrie au Théâtre de Poche du 14
novembre au 6 décembre à 20h30
D’après les écrits de Rachel Corrie adaptés par Alan Rickman
et Katharine Viner
Mise en scène Jasmina Douieb assistée de Sébastien Fernandez
Avec Cécile Vangrieken
Scénographie Olivier Wiame
Lumières Xavier Lauwers
Rencontre avec Daniel Hanssens

Le rideau tombé, l’interprète de l’impitoyable Prétextat Tach dans Hygiène de l’assassin, adaptation du roman éponyme actuellement au Théâtre Le Public, n’a rien de son personnage. Echange avec un comédien très affable.
Culture&Dépendances : Que pensez-vous de cette adaptation ?
Daniel Hanssens : Je trouve qu’elle est assez fidèle. A la base le spectacle faisait près de deux heures, on a coupé une demie heure pour aller à l’essentiel. C’est comme ça qu’on est arrivé à avoir la quintessence du roman. La seule différence c’est que les journalistes du roman sont résumés à un seul. Evidemment, chacun a sa manière de lire ce personnage de Prétextat et son histoire. Celle-ci n’est qu’une des interprétations possibles mais je trouve qu’on est dans une logique du début jusqu’à la fin. D’ailleurs Amélie Nothomb nous a rendu visite plusieurs fois et elle s’est montrée très enthousiaste.
C&D : Qu’est-ce qui vous plaît dans ce rôle ?
D.H. : Pour un acteur, jouer des monstres c’est tout à fait magique : c’est essayer de rendre son humanité pour faire ressortir encore plus grande sa monstruosité, comme dans un tableau où pour accentuer le noir on met du blanc à côté et inversement… Ce sont des personnages savoureux à travailler et on le sent par rapport au public : il fait horreur et en même temps il le fait rire. C’est ce mélange entre trouble et humanité qui est intéressant. Mais je ne m’identifie pas à lui, loin de là ! Je me contente d’essayer de comprendre les méandres de sa pensée. C’est magnifique de pouvoir le jouer ! Quelqu’un qui est gentil tout le temps ca n’a aucun intérêt, c’est assez fade, même si dans la vie c’est merveilleux.
C&D : Se glisser dans la peau d’un personnage aussi complexe cela demande une longue préparation ?
D.H. : Pas plus que pour un autre. J’ai travaillé ce rôle comme j’ai travaillé celui de Pignon dans Le Dîner de Cons : c’est la même méthode de travail mais les mots me poussent à aller vers d’autres chemins. Evidemment Prétextat n’a rien d’un Pignon mais je reste persuadé que dans toute tragédie il y a une comédie et dans toute comédie il y a une grande tragédie. C’est toujours ce mélange là qui est intéressant à travailler dans les personnages. J’ai quand même longtemps réfléchi à ce rôle mais je ne me mets jamais la pression, je n‘ai jamais eu le trac. Je prends la vie comme elle vient…
C&D : Après avoir été la coqueluche d’Alain Berliner au cinéma, vous incarnez ce personnage créé par Amélie Nothomb…avez-vous un faible pour le surréalisme belge ?
D.H. : Oui le surréalisme belge j’adore ca. Je suis belge et fier de l’être. Mais ma marque de fabrique c’est plutôt d’aller vers différents horizons, de changer de couleur et de ne pas me laisser mettre une étiquette.
C&D : Qu’est-ce que vous a donné envie de jouer ?
D.H. : J’ai eu envie de faire du théâtre quand j’avais sept ans et que j’ai vu Napoléon, le film muet d’Abel Gance qui durait près de quatre heures. Ca m’a fasciné et je me suis dit : je veux faire ça ! Le cinéma me passionne aussi mais les horaires de cinéma et de théâtre ne vont pas bien ensemble : c’est très difficile de faire les deux. Il faudrait que je m’arrête pendant deux ou trois ans et peut-être le cinéma aura envie de travailler avec moi. Ce n’est pas parce qu’on a envie que ça vient ! Il faut énormément de travail et beaucoup d’amour.
C&D : Et si vous deviez choisir entre cinéma et théâtre ?
D.H. : Je ne serais pas contre l’idée d’arrêter de faire du théâtre au profit du cinéma… pour après peut-être revenir sur les planches. C’est une autre école, un autre travail et ça me plairait beaucoup.
C&D : Vous avez incarné de nombreux rôles, si vous deviez en épingler un ?
D.H. : J’ai un amour particulier pour le père Beulemans dans Le mariage de Mademoiselle Beulemans même si Pignon m’a également touché. Ce sont les personnages forts, tendres et humains qui m’ont le plus marqué.
C&D : Y a-t-il des rôles que vous rêvez de jouer ?
D.H. : Oh, il y en a plein encore ! Le bourgeois gentilhomme ou encore Falstaff. Mais il y a des tas de rôles qu’on ne me donnera probablement jamais. Thorgal par exemple c’est un personnage de bande dessinée magnifique, mais je ne le jouerai jamais, je n’ai pas le physique d’un Thorgal ! Mais il faut se laisser le pouvoir d’imagination et ne pas s’arrêter à des aspects du personnage et à ce moment là, la porte est grande ouverte...
C&D : Des projets pour l’avenir ?
D.H. : Je viens de mettre en scène Ladies Night qui se jouera en novembre. Ensuite viendra le tour de Cuisine et dépendance d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri qu’on monte pour les fêtes. Puis je monterai également un monologue de Pierre Palmade, avant de partir en tournée avec L’emmerdeur et jouer La Valse du hasard. En plus je donne cours ! J’ai encore beaucoup, beaucoup de choses à faire.
C&D : Votre avenir s’annonce donc très souriant ?
D.H. : Toujours, toujours, quoi qu’il en soit ! Je suis quelqu’un qui prend la vie du bon côté. Mais c’est vrai que je dois parfois freiner parce que j’ai des journées de 18 heures et c’est un peu lourd. Mais c’est sûr, j’aime ça. Le jour où je n’aimerai plus, j’arrêterai le métier.
Propos recueillis par BIANCA FIORA
Photo © Guy Focant
L'oeil de l'auteur, Thomas Gunzig

Culture&Dépendances : Avez-vous écrit ce rôle en pensant à Itsik Elbaz ?
Thomas Gunzig: Non, il m’a été imposé par le Théâtre de Poche. Mais aujourd’hui, je ne verrais personne d’autre jouer à sa place. J’ai eu beaucoup de chance, c’est un acteur formidable. On partage le même humour et la même passion pour cette culture des séries B, qui le rendent meilleur dans ce rôle.
Culture&Dépendances : Derrière cette pièce n’y a-t-il pas une volonté de casser l’image du théâtre classique ?
T.G.: Non, je ne vois pas cela comme une cassure. C’est une hybridation ! J’aime bien mélanger les genres, le cinéma, la musique, le théâtre et leurs règles.
Culture&Dépendances : Qu’avez-vous en commun avec votre héros ?
T.G.:Je n’ai malheureusement pas de superpouvoirs. Qui n’aimerait pas en avoir ? Mais je partage son côté gamin, qui le fait partir dans des délires. Et une certaine volonté de guérir le monde de tous ses maux…
Culture&Dépendances : Vous dites aimer les super-héros, mais n’avez-vous pas l’impression de démythifier l’image de Spiderman ?
T.G.: Non. J’ai voulu faire une expérience en le mettant dans une atmosphère plus réaliste. Tout ça en partant d’une simple question : que ferait Spiderman dans une ville comme Bruxelles sans grands immeubles ?
Culture&Dépendances : Comment faites-vous pour rendre cette histoire tragique aussi comique ?
T.G.: La vie est faite d’émotions diverses. C’est comme un diaporama avec des fondus enchainés : tout se lie. Et la tristesse permet d’aller encore plus loin dans la joie.
Culture&Dépendances : Cela vous fait quoi de voir un de vos récits sur scène ?
T.G.:C’est pour cela qu’on écrit, pour que ça devienne quelque chose, pour que ça vive, peu importe sous quelle forme. Que cela devienne un livre ou une pièce, ça ne change pas grand-chose : ca reste un aboutissement»
Propos recueillis par BIANCA FIORA
Photo © Marc Brasseur
Rencontre avec Diogène « Atome » Ntarindwa : acte II
A l’occasion du lancement de sa pièce Carte
d’Identité au théâtre de Poche, nouvelle rencontre avec l’auteur et interprète qui sera sur les planches du 3 au 14 juin.
Culture&Dépendances : En quoi consiste
exactement la pièce Carte d’Identité ?
Diogène "Atome" Ntarindwa: Elle
parle du rapport entre la grande histoire et la petite histoire, ma petite
histoire. J’ai identifié des moments et des personnages emblématiques de mon
histoire en tant que Rwandais né en exil au Burundi. C’est donc assez centré
sur le Burundi. Je parle beaucoup de personnages de cette aire géographique
qu’on appelle la région des Grands Lacs. Mais je reviens aussi sur des
décisions politiques des années 60. Pour pouvoir expliquer ce qui a poussé mes
parents à l’exil. Je ne suis pas de ce pays, je suis d’ailleurs. C’est tout le
thème de la pièce.
C&D : Comment est-elle née ?
D.A.N. : Depuis l’école secondaire, je me suis toujours intéressé aux trois
thèmes que sont la mémoire, l’exil et l’identité.
C’étaient les principaux sujets de mes lectures. A l’époque, j’ai lu un livre
qui m’a beaucoup marqué : La 25e heure de Virgil Gheorghiu. Ces
thèmes me parlaient beaucoup sans pour autant être conscient de l’histoire douloureuse de
mes parents. Je lisais mais j’écrivais aussi. Et c’est naturellement, que
j’abordais les mêmes thèmes.
Ensuite, à l’université j’ai commencé le théâtre amateur
tout en restant dans cette thématique. Quand Philippe Laurent est venu au Conservatoire
de Liège avec un projet intitulé Carte d’Identité et dont le sujet était
la petite histoire, la grande histoire et le rapport entre les deux, ça m’a
tout de suite interpellé. C’était le projet de tout mon cœur ! Un projet
qui avait toujours fermenté en moi. J’étais le dixième à travailler dessus. Ca
s’est bien passé puis j’ai rencontré le producteur. On a trouvé des partenaires
pour les représentations. Carte d’Identité était née !
C&D : Vous êtes à la fois auteur et acteur.
Comment gérez-vous cette double fonction ?
D.A.N. : C’est la première fois que je fais les
deux. La gestion est délicate dès la conception du projet. Ce n’est pas comme
si je parlais de la Russie du 17e siècle, je suis fort impliqué dans
cette pièce. Quand je joue mon père, ça prend une résonance très particulière.
Je me soucie énormément de la perception des autres. Et à force de m’en
soucier, j’en fais peu, par peur d’en faire trop. Car je refuse de tomber dans
le pathos. Je tiens à parler de la gravité dans la légèreté.
Mais c’est aussi une formidable liberté. Ce n’est pas de
l’adaptation théâtrale. C’est moi qui choisis les moments emblématiques. C’est
donc une liberté et un plaisir. La thématique qui est présente dans tous les
bouquins consacrés au Rwanda, c’est le génocide. Mais se focaliser sur le
génocide, ça peut occulter d’autres réalités qui ont permis ce même génocide.
Les massacres antérieurs ont un rôle important. La question est de savoir
comment des jeunes gens, qui pour certains ne manquaient de rien, peuvent
prendre un fusil. Des jeunes gens avec qui je parlais de Victor Hugo et
d’Einstein, des hommes qu’ils considéraient comme des modèles pour eux. Ils
avaient des perspectives d’avenir bien établies, d’études, de carrière et puis,
tout d’un coup, ils changent de rêves. Ils veulent retourner chez eux,
combattre pour un pays qu’ils ne connaissaient pas trois mois avant [le
Rwanda]. Ce sont des moments marginalisés par la plupart des gens qui
travaillent sur le Rwanda. Mais ce sont ceux qui m’intéressent moi. Même
si je me suis toujours
demandé si j’avais le droit d’en parler, de cette manière. Jusqu’à
aujourd’hui, je me disais que non. Mais maintenant, j’ai répondu oui.
Le
devoir de mémoire l’a emporté sur mes réticences.
C&D : La pièce va être jouée en Afrique.
Appréhendez-vous les réactions possibles ?
D.A.N. : Elle sera jouée au Rwanda en juillet et
peut-être aussi au Burundi. Il est clair que quand on évoque des noms que tout
le monde connaît, la perception est différente. Parler de Mobutu à Kinshasa ou en Croatie, c’est très
différent. Surtout que je donne ma vision des choses. Je n’ai pas demandé
l’avis ou la contribution de ceux qui ont aussi participé.
J’ai
beaucoup d’appréhension envers les réactions au Rwanda. Et surtout, celles de
ma famille. Le narrateur principal que j’interprète est mon père. Est-ce qu’il
se reconnaîtra ? Doit-il se reconnaître ? C’est tout la dimension de
la petite histoire, de ma petite histoire. Et même si je n’en suis pas à ma
première audace vis-à-vis d’eux, je ne joue jamais la provocation. Je me sens
pas appelé à le faire, surtout pas gratuitement.
C&D : Avez-vous d’autres projets?
D.A.N. : Oui. Depuis presque deux ans, je suis sur un projet de film documentaire qui se concrétise avec un réalisateur enthousiaste. Et au niveau de l’écriture, j’aimerais monter des pièces classiques du Rwanda, issues de son histoire pré-coloniale. Je pense que la génération actuelle en a besoin. Enfin, j’ai un projet d’écriture sur les relations entre le Burundi et le Rwanda, en temps de guerre et de paix.
Propos recueillis par CHRISTOPHE DEVRIENDT
Carte d'identité du 3 au 14 juin à 20h30 au Théâtre de Poche
Rencontre avec Diogène « Atome » Ntarindwa
Entrevue avec le comédien qui interprète ce prédicateur de Matongé, homme de foi teinté de roublardise, à la recherche de la femme de sa vie
Culture&Dépendances : L’histoire d’Igifi a de fortes similarités avec votre propre vie . Le texte semble avoir été écrit pour vous. Comment s’est passé l’interaction entre Oliver Coyette et vous ?
Diogène "Atome" Ntarindwa: Oui, il a été écrit pour moi. Mais, je n’étais pas prévenu, c’était donc une surprise. Olivier Coyette a insisté pour qu’on se rencontre avant qu’il n’écrive et que je lui parle de moi. Parce que quand il écrit, il veut savoir avant tout pour qui il écrit. Il voulait écrire quelque chose de calibré sur moi. Quand j’ai découvert le texte, j’ai vu qu’il faisait pas mal de références à ce dont je lui avais parlé. Par exemple, le titre Igifi, c’est un terme que j’avais lancé quand j’étais à l’université au Rwanda. Pour moi, une fille canon, c’est un gros poisson. Donc quand les gens draguaient, ils partaient à la pêche aux petits ou aux gros poissons. Je ne pensais pas qu’il retiendrait ça pour le titre. J’en profite d’ailleurs pour lui dire merci.
C&D : Comment percevez-vous l’accueil du public par rapport à votre conte ?
D.A.N. : Je me sentais un peu en retard parce que j’étais sur autre une pièce juste avant (Carte d’identité) qui m’a vraiment beaucoup accaparé. Notamment parce que j'y évoque des choses très personnelles.Quand je suis arrivé sur Les Contes héroïco-urbains, je me sentais en retard et je crois que ça s’est ressenti un tout petit peu. Après, j’ai atteint une vitesse de croisière. Je dois avouer que deux ou trois jours avant la première ça allait moins bien que par la suite. J’ai eu des retours plutôt positifs. J’ai été d’ailleurs agréablement surpris. Mais vis-à-vis de moi, je dois avouer que les deux, trois premiers jours je me sentais vraiment en retard.
C&D : C’est une pièce fort spirituelle. Ca ne la rend pas moins accessible ?
D.A.N. : Il y a le côté poupées russes, en fait, plusieurs contes en un seul. Et il y a aussi le fait que le personnage en soi, est prédicateur mais je préfère dire plutôt qu’il se prétend prédicateur. Quand on y regarde de près il est plus superstitieux que croyant. Il a tendance à l'affabulation. Plusieurs personnages en un seul ça peut dérouter par moments.
C&D : Le thème de l’identité que vous développez dans Carte d’identité est important pour vous. Dans quelle mesure le retrouve-t-on dans Igifi ?
D.A.N. : Il y a trois thèmes comme ça : exil, mémoire et identité. Et je crois que, pour plus de la moitié, c’est ce qui m’a amené au théâtre. Que je le veuille ou non, le thème de l’identité s’y retrouve. En tout cas, quand j’écris il s’y retrouve. Quand les autres écrivent, particulièrement pour Olivier Coyette avec qui j’avais l’occasion de parler. Il avait senti cet attachement, cette réflexion sur l’identité. Fatalement ça s’est répercuté sur ce qu’il a écrit, vu qu’il voulait écrire pour moi.
C&D : Dans Carte d’identité, vous êtes l’acteur mais aussi l’auteur. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ?
D.A.N. : J’ai toujours voulu porter une parole. Assez tôt je me suis dit qu’il y avait une parole qu'il fallait porter sinon défendre, en tout cas assumer. Déjà à l’école secondaire, la mémoire, l’exil et l’identité étaient des thèmes auxquels je tenais beaucoup. Quand j’étais à l’Université, j'étudiais le droit mais je faisais aussi du théâtre à côté et ces trois thèmes s’y retrouvaient systématiquement. Plus tard, je me suis dit : Tu ne peux pas nier que tiens beaucoup à ces choses-là. Si tu y tiens beaucoup, est-ce que tu les défendras toujours comme tu le fais aujourd’hui ou alors il faut passer à la vitesse supérieure.Ca veut dire se donner beaucoup plus de compétences, d’outils, ne fût-ce que sur le plan technique. Pour porter cette parole avec dignité, légitimité et compétence. Sur le plan de dignité et légitimité, je me posais pas beaucoup de questions. Je crois que j’avais plus ou moins les réponses. J’écrivais sur ces thématiques depuis dix ans, mais je me suis pas dit tout de suite pourquoi pas en faire une pièce de théâtre? Dans ma dernière année au Conservatoire de Liége, un metteur en scène, Philippe Laurent, est venu proposer un projet qui s’appelait Carte d’identité et travaillait sur les relations entre la grande et la petite histoire. Et ça, ça ne pouvait que résonner dans tout mon être.
C&D : Avez-vous d’autres projets en perspective ?
D.A.N. : La pièce Carte d’identité a bien marché a Namur. Elle est confirmée pour le festival d’Avignon et j’ai aussi une tournée pour le mois d’octobre prochain. Elle sera au Poche bien sûr au mois de mai. Puis viendra ensuite le Rwanda, le Congo et le Burundi.
Propos recueillis par CHRISTOPHE DEVRIENDT
Photo : © Stéphanie Jassogne
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