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titreFrissons franco-coréens



Les ponts culturels entre la France et les pays d’Asie orientale ne manquent pas. Et la bande dessinée n’échappe pas à cette règle. Mœbius nous a offert, il y a déjà deux ans, une collaboration avec Jirô Taniguchi nommée Icare, manga dans la plus pure tradition japonaise. Aujourd’hui, c’est vers le talent d’un dessinateur coréen que J.-M. Goum a tendu la main. Byun Ki-Hyun apporte son trait très asiatique à un scénario des plus noirs. Les Nuits Assassines ne se déroule ni en France, ni en Corée du Sud mais dans les Alpes autrichiennes des années 1970. La mort frappe brutalement une famille et enclenche une série de décès mystérieux autour desquels une enquête éprouvante se met en place. Noir, c’est noir. Et ce polar teinté de fantastique ne s’éloigne jamais trop d’un réalisme effrayant à l'atmosphère si lourde qu’on sent la mort rôder dans chaque page. Les couleurs, en passant de la lumière aux ténèbres, contribuent grandement au malaise général. Quant aux expressions des personnages, inévitablement similaires à celles de tout autre manhwa (bande dessinée coréenne), elles remplissent parfaitement leur rôle en apportant fluidité et précision au dessin.

Si le trait de Byun Ki-Hyun ne s’est pas occidentalisé pour cet ouvrage, les dialogues des Nuits Assassines cherchent à authentifier au maximum le récit dans l’Autriche des seventies. Des expressions allemandes variées, toujours traduites en bas de page, parsèment le texte : elles sont peut-être un peu nombreuses mais restent efficaces, exactement dans la lignée de Blake et Mortimer. Au final, Les Nuits Assassines rejoint le club des pionniers de la bande dessinée franco-asiatique avec le style que l’on attendait et un ton qui surprend. Le dessin lisse et sobre ne véhicule que mieux le malaise, les frissons et la violence d’un récit sans concession. Les deux auteurs, séparés par 10 000 kilomètres, ont puisé dans leurs racines respectives pour donner vie à un projet inédit qui ne manquera pas, à l’avenir, d’attirer de nouveaux talents vers l’expérience du duo international.


LOUIS DARMS


Les Nuits Assassines,  de J.-M. Goum, Byun Ki-Hyun, 17€
Photo ©  Casterman

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